LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

«Un contexte difficile et instable»: 2018 a été une année moins faste pour cette industrie

Le compteur s’est arrêté à 4.065 milliards d’euros pour les actifs nets sous gestion dans les fonds d’investissements domiciliés au Luxembourg. Un montant qui consolide le leadership du pays sur le marché européen et sa 2ème place au niveau mondial mais qui marque cependant un recul de 2% par rapport à l’année 2017, a constaté l’ALFI (Association Luxembourgeoise des Fonds d’Investissement). Mercredi, l’organisation a fait le point sur 2018, une année marquée par «un contexte difficile et instable», a reconnu devant la presse sa présidente, Denise Voss. Sans surprise, la déroute des marchés boursiers a pesé sur le secteur, qui a toutefois été exposé à d’autres éléments.

L’effet Brexit

Ainsi, le Brexit a amené au Luxembourg des flux de capitaux: «130 à 140 milliards d’euros d’actifs se sont retrouvés dans des structures luxembourgeoises», a expliqué Camille Thommes, directeur général de l’ALFI. L’an dernier, les initiateurs de fonds britanniques ont représenté 41% du nombre de fonds créés dans le pays, selon Denise Voss. Qui plus est, plus de 18% des actifs sous gestion dans les fonds luxembourgeois sont gérés par des gestionnaires d’actifs basés au Royaume-Uni. Il représente le 2ème pays d’origine des gestionnaires de fonds de la place, juste derrière les Etats-Unis. Au total, 23 sociétés de gestion d’actifs basées au Luxembourg ont annoncé une relocalisation ou un renforcement de leur présence au Luxembourg.

«À partir de fin mars, les OPCVM (Organisme de Placement Collectif en Valeurs Mobilières, ou UCITS) britanniques deviendront des fonds alternatifs en cas d’absence d’accord. C’est un casse-tête supplémentaire pour les sociétés de gestion de fonds dont les produits incluent des produits britanniques», a commenté l’Américaine.

En outre, la CSSF a annoncé qu’une coopération avec ses deux homologues britanniques serait en place après le 29 mars - date prévue de la sortie du Royaume-Uni de l’UE - «une condition nécessaire pour que les gestionnaires basés au Luxembourg puissent déléguer à des gestionnaires britanniques», a expliqué Marc-André Bechet, directeur «legal & tax» de l’ALFI. Quant à l’accès des européens au marché britannique, Londres a ouvert la possibilité pour les fonds d’investissement de s’enregistrer outre-Manche afin de pouvoir continuer à y travailler.

Si pour l’instant l’ALFI admet voir dans le Brexit des effets positifs sur le court terme, l’organisation entend «travailler pour que les acteurs ne regrettent pas leur choix et retrouvent les conditions idéales pour distribuer leurs produits», a embrayé Camille Thommes.

En perte de compétitivité?

L’association voit quelques nuages à l’horizon, à commencer par l’intention du nouveau gouvernement de conserver la taxe d’abonnement, actuellement fixée à 0,05% de l’actif net des fonds. Dans le budget de l’État, cette redevance représente une entrée de 1,05 milliard d’euros soit 23% des recettes perçues par le ministère des Finances.

«Pour la gestion passive, la taxe d’abonnement représente jusqu’à 26% des frais d’un ETF obligations», a pointé Freddy Bausch, vice-président des affaires nationales. Et à l’ALFI de souligner que cette taxe est payée par l’investisseur, qu’elle n’existe pas dans les autres pays de l’UE et qu’elle contraste avec une baisse globale des frais dans le secteur. «Nous voyons de la délocalisation et des relocalisations», avertit Freddy Bausch qui y perçoit le signe d’une perte de compétitivité du Luxembourg.

L’ALFI redoute aussi l’initiative de la Commission européenne qui souhaiterait transférer une partie des compétences des régulateurs locaux au gendarme européen, l’ESMA. Cela concernerait la fonction de délégation d’un prestataire hors UE, qui serait, dans le cas du Luxembourg, non plus validée par la CSSF mais l’ESMA. «Cela allonge le processus de délégation», a plaidé Freddy Bausch.

Le verre à moitié plein

Le pays conserve toutefois une part de marché solide de 36% sur le marché des fonds UCITS, soit le n°1 européen, et de près de 12% en matière de fonds alternatifs (AIFs), en 4ème position derrière les Pays-Bas, la France et l’Allemagne. En outre, 45,4% des nouveaux afflux sur le marché européen des fonds se sont dirigés vers le Luxembourg en 2018, soit 105,3 milliards d’euros selon les données de l’EFAMA.

De quoi voir le verre à moitié plein... ou presque. Pour la présidente de l’ALFI: «En raison de l’environnement géopolitique actuel, nous nous attendons à ce que la volatilité se poursuive et donc que la croissance soit sous pression, mais restons confiants que le Luxembourg saura garder ses atouts».

Un message que l’ALFI compte porter au-delà des frontières du Grand-Duché: ses campagnes de communication porteront cette année particulièrement sur certains pays de l’Asie du sud-est et d’Amérique latine, sans oublier l’Australie. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: 62% des fonds UCITS enregistrés dans au moins trois pays sont luxembourgeois. Un argument que l’ALFI emportera dans sa valise. Une dizaine de rendez-vous de promotion sont déjà planifiés à l’étranger jusqu’en décembre.


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