LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Le sentiment de crise ronge les envies d’achats en ligne au Luxembourg

La fédération luxembourgeoise du commerce digital eCom est actuellement en pleine refonte et de l’aveu même de Claude Bizjak, directeur adjoint de la clc en charge du commerce, la nouvelle mouture de ce groupement des acteurs de l’e-commerce au Luxembourg se profile plutôt pour la rentrée de septembre. En attendant, l’e-commerce «made in Luxembourg» connaît un regain d’intérêt dans le contexte du coronavirus. Coup d’œil sur les tendances les plus marquantes actuellement.

Constatez-vous une hausse de la demande dans l’e-commerce luxembourgeois dans ce contexte de limitation des déplacements de la population en pleine pandémie du coronavirus?

Cela dépend des secteurs. Nous constatons une grande demande au niveau de l’alimentation: les quelques services en activité dans ce domaine au Luxembourg sont overbookés et introduisent même des limites face à une demande qui explose. Mais nous constatons aussi que ça commence à se calmer: les gens ont compris qu’il n’y aura pas de problème d’approvisionnement dans les supermarchés. Je pense que la demande va se stabiliser. Nous avons mis en place une plateforme via Letzshop où la grande distribution alimente un stock central sur lequel les personnes fragiles peuvent acheter des biens de première nécessité. Dans les autres secteurs qui ne sont pas alimentaires, c’est en chute libre.

Comment expliquez-vous cela?

On est en situation de crise. Les gens réfléchissent avant d’acheter. Les gens ne sont pas en mode «shopping». Nous n’avons pas de chiffres pour le Luxembourg mais en Allemagne, 70% des e-commerçants ont un recul au niveau du chiffre d’affaires. On est vraiment dans un freinage massif de la consommation. Ensuite, 50% des détaillants en non-alimentaire disent avoir des problèmes d’approvisionnement. Il y a par exemple dans l’électronique tout ce qui vient de Chine et où la production a été ralentie. On constate aussi des clients qui ne veulent plus de produits chinois parce qu’ils l’associent au coronavirus. L’alimentation en revanche passe par des canaux différents: il n’y a pas de problèmes d’approvisionnement.

Mais n’est-ce pas pour les entreprises luxembourgeoises actives dans l’e-commerce l’opportunité de se distinguer du géant Amazon avec des délais de livraison plus courts?

En ce moment, l’e-commerce est le canal de vente le plus résilient et je pense que les entreprises qui ont investi dedans sont celles qui pourront poursuivre au mieux leurs activités. Mais la tendance de réduction au niveau de la consommation a des répercussions sur différents secteurs et l’e-commerce y compris. La tendance générale est à une baisse du chiffre d’affaires de tous les côtés, sauf l’alimentation évidemment.

Il n’y a donc aucune opportunité?

Si un commerçant arrive à aller en ligne - de préférence sur une plateforme comme Letzshop et autre où c’est facile de s’intégrer, il y a des opportunités évidemment. Tout ce qui est local, c’est clair et ça fait du sens aujourd’hui. Ce que les commerçants devraient regarder, c’est s’il y a des niches actuellement et chercher la solution facile pour mettre leurs produits en vente et se lancer un peu dans l’e-commerce. Mais si vous avez un petit commerçant qui se dit maintenant qu’il n’a pas d’équipe derrière et va lancer son e-shop tout seul, je ne pense pas que c’est le bon moment pour le faire.

Avez-vous déjà pensé à l’après-crise?

Je pense que ça aura une certaine influence sur le mode de consommation qu’on aura dans le futur quelque part. Il sera intéressant de voir comment les habitudes vont évoluer mais de toute manière, il ne faut pas croire que les e-commerçants vont sortir riches de cette crise. Ils seront impactés, avec un peu de chance moins que le reste.

Les données montrent qu’au Luxembourg, les résidents sont friands d’e-commerce tandis que peu d’entreprises proposent des ventes en ligne. Comment expliquez-vous cette distorsion?

Il y a des explications qui sont un peu plus techniques que d’autres. Si vous lancez une activité d’e-commerce, vous avez des coûts, des conditions générales de vente, etc. à instaurer pour votre marché. En France par exemple, vous allez pouvoir servir 50 millions de personnes. Si vous faites la même chose au Luxembourg avec les mêmes coûts, vous allez servir 300.000 personnes. Ce sont tout simplement des économies d’échelle difficiles à générer au Luxembourg face à des investissements assez forts. Je pense que c’est une des raisons pour lesquelles l’e-commerce n’est pas super bien développé au Luxembourg.