CANNES
THIBAUT DEMEYER

La réalisatrice française Zabou Breitman adapte le roman de Yasmina Khadra

C’est un peu le rôle du Festival de Cannes de nous montrer des œuvres pertinentes dotées de sujets importants et même dérangeants. De nous inviter à regarder le monde droit dans les yeux. Avec «Les Hirondelles de Kaboul», c’est la sélection officielle «Un Certain Regard» qui s’est chargée de faire passer le message.

Nous sommes en été 1998. La capitale afghane, Kaboul, est en ruines. Tout est dévasté, même le cinéma et la salle de théâtre où bien souvent Mohsen et Zunaira passaient d’agréables moments. Seule la prison semble encore être en bon état. Mais qu’importe de ce qui arrive à la ville, Mohsen et Zunaira sont encore jeunes et ils s’aiment. D’ailleurs, qu’est-ce qui est plus fort que l’amour? Rien. La violence, la misère quotidienne, rien ne peut arrêter ce jeune couple qui continue et veut croire à un avenir meilleur. Et après tout, pourquoi pas? Rien ne peut arrêter leur espoir. Rien si toutefois un geste malheureux de Zunaira n’avait pas eu lieu. A partir de ce jour, leur vie va basculer.

Déjà primé au Festival d’Annecy en 2018 (Prix de la Fondation Gan pour la distribution), «Les Hirondelles de Kaboul», co-produit par la société luxembourgeoise Melusine, se retrouve dans la prestigieuse sélection officielle «Un Certain Regard» qui a son propre prix. Et être à Cannes après un succès à Annecy est déjà une très belle récompense.

Une histoire qui nous prend à la gorge

Dès les premières images, Zabou Breitman, qui a également écrit le scénario aux côtés de Sebastien Taval et Patricia Mortagne, nous prend à la gorge lorsque Mohsen assiste à la lapidation d’une prostituée. Pris dans une sorte de spirale, lui, homme de respect qui combat comme il peut les talibans, se surprend à avoir jeté une pierre sur cette pauvre femme. Un acte qu’il regrette aussitôt et qu’il confesse à son épouse. Mais le mal est fait. Quelque chose est alors cassé entre Mohsen et Zunaira. Dans le même temps, Atiq, en charge de garder la prison de femmes sans autorisation de leur parler, est tracassé. Sa femme est atteinte d’un cancer et ses jours sont comptés. Voilà deux destins qui semblent être opposés mais qui, par la force des choses, finiront par se rencontrer.

Quant au reste de l’histoire, nous préférons la faire passer sous silence afin de vous permettre de vibrer, vous insurger, vous révolter comme nous l’avons fait durant la projection et ainsi vivre pleinement les sentiments ressentis par les protagonistes car ceux-ci les transpirent comme s’il s’agissait de véritables personnages en chair et en os. Là est aussi la force de ce film.

Un défi réussi haut la main

A l’heure où les films d’animation ressemblent de plus en plus à la réalité, «Les Hirondelles de Kaboul» a la particularité d’être réalisé avec des dessins que l’on pourrait qualifier de classiques. Un procédé identique à celui utilisé pour «Ernest et Célestine» de Vincent Patard et Stéphane Aubier. D’ailleurs la co-réalisatrice Eléa Gobbé-Mévellec avait également été dessinatrice sur le film des réalisateurs belges.

Au-delà de la performance graphique des personnages, dont les sentiments sont alors accentués, Zabou Breitman a confié: «j’ai demandé à ce que les personnages soient portés par le jeu des acteurs au lieu que ces derniers ne soient au service de gestuelles ou de mimiques préétablies».

Réussir l’adaptation de l’œuvre de Yasmina Khadra n’était pas gagnée d’avance. Aujourd’hui, on peut dire que Zabou Breitman nous offre un long métrage à la hauteur du livre. Certes, le roman est excellent et riche mais encore fallait-il pouvoir l’adapter au cinéma et braver au passage tous les aléas et difficultés que demande un film d’animation. Mais aujourd’hui, l’œuvre est là, elle existe. Et dire que «Les Hirondelles de Kaboul» est une pure merveille, ce n’est pas exagéré mais plutôt mérité.