LUXEMBOURG
GIOVANNI PATRI

Giovanni Patri se souviendra longtemps du vendredi 13 mars. Ce jour-là, cet indépendant appelle le ministère de l’Economie pour savoir quelles aides sont prévues pour les indépendants face à l’interruption d’activités générée par le coronavirus. Sa réponse? «Rien». Il frappe alors à la porte de la Chambre de Commerce et de la House of Entrepreneurship puis crée une page Facebook «Rescue Independents & Startups» sur laquelle il partage avec sa communauté les éléments de réponses reçus de part et d’autre. Actuellement, la page réunit plus de 5.000 membres alors que le Luxembourg compte 7.000 indépendants. A côté de ses activités d’administrateur de fonds et de créateur de la start-up PHOENICI, Giovanni Patri est en train de constituer une Union des indépendants au Luxembourg. Explications.

«Pour les indépendants, les outils que sont la Chambre de Commerce et la House of Entrepreneurship fonctionnent bien et j’ai de très bonnes relations avec elles. Mais je vous le demande: est-ce que les autres outils fonctionnent? Il y a 7.000 indépendants au Luxembourg mais plus de 5.000 membres désespérés sur une page Facebook qui disent: «Je ne sais pas qui appeler». Il y a là matière à une véritable réflexion sur ce que peuvent faire ces organismes pour les travailleurs indépendants.

Aujourd’hui, les indépendants sont confrontés à quatre choses. Tout d’abord une perte de revenus puisqu’ils sont contraints de cesser leur activité et cela, parce que l’Etat l’a décidé. Par conséquent, nous demandons une aide non remboursable comme une indemnisation de crise qui leur permette de vivre. Ensuite, nous ne comprenons pas pourquoi les indépendants devraient continuer à payer leur premier créancier, à savoir l’Etat, alors que celui-ci leur a demandé de cesser leurs activités. Nous demandons donc la suppression ou la suspension du paiement des cotisations sociales pendant la période de la crise. Quant aux propriétaires, ils sont les deuxièmes plus gros créanciers des indépendants après l’Etat puisque le paiement des loyers représente une charge conséquente au Luxembourg. Nous demandons de trouver un consensus pour un moratoire ou bien un moyen d’échelonner leur paiement par tranches et cela, afin que les indépendants puissent continuer à vivre et à faire vivre leur famille. Enfin, le chômage partiel est à avancer par l’employeur et ne sera remboursé par l’Etat qu’à hauteur de 80%. Si pour ce mois-ci il était de toute manière prévu de payer les salariés, qu’en sera-t-il du suivant? Sans activités et donc, sans afflux de liquidités, comment les entreprises vont-elles pouvoir avancer de l’argent pour payer les salaires? Le Luxembourg compte 7.000 indépendants qui génèrent plus de 20.000 emplois et même 40.000 dans le secteur médical. Nous demandons des éclaircissements au niveau opérationnel pour savoir qui paie quoi et dans quels délais. Les entrepreneurs ont besoin de visibilité pour pouvoir avancer dans cette période inédite.

J’appelle à mettre en place des mesures pour qu’on apprenne de nos erreurs du passé. Il faut instaurer une sorte de chômage universel qui permette, lors de périodes de moindre activité comme celle que nous connaissons, d’avoir un coussin sur lequel se poser en cas de nécessité. Nous constatons qu’au terme de cette crise du coronavirus, de nombreuses entreprises vont être contraintes de fermer avec des impacts en cascade sur les salariés et leurs familles. Nous aurons des chômeurs en plus, moins de loyers qui seront payés et donc une crise immobilière n’est pas à exclure. Si aujourd’hui l’heure est à la gestion de la crise sanitaire, dans quelques mois elle deviendra une crise sociale. Il va y avoir un effet boule de neige sur l’ensemble de la société. C’est pour cela que l’Union des indépendants est une idée. L’objectif est de montrer qu’il y a une voix, qu’une conciliation peut se faire et que les indépendants ne sont pas gourmands.»