LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Le gouverneur de la Banque de France était de passage jeudi soir à Luxembourg

Il est aujourd’hui tellement ancré dans notre quotidien que de moins en moins de gens se souviennent de l’avant. L’euro fête cette année ses 20 ans, l’occasion pour «The Bridge Forum Dialogue» de poser cette question: quelles perspectives économiques pour l’Europe? Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, est venu présenter sa vision des choses jeudi soir au Kirchberg.

Pour l’ancien directeur du groupe BNP Paribas en charge de la banque de détail, l’euro repose sur trois piliers que sont la stabilité des prix, l’indépendance et l’intérêt général européen. Si beaucoup de citoyens désignent la monnaie unique comme le responsable de l’augmentation du coût de la vie, le conférencier a montré, chiffres à l’appui, que ce n’était pas le cas. En 1999, un euro s’échangeait contre 1,17 dollar. 20 ans plus tard, ce taux était de 1,14 dollar. Quant à l’inflation, elle s’élevait en moyenne à 4,3% avant l’euro, puis est passée à 1,7% en moyenne depuis lors. «Le PIB par tête en zone euro a progressé pratiquement aussi vite que pour celui des Etats-Unis», a ajouté François Villeroy de Galhau.

Quant à l’indépendance des banques centrales de l’eurosystème, elle vaut aussi bien face aux gouvernements nationaux qu’aux camps préétablis et au court-termisme. «Plus la banque centrale est indépendante, moins un pays a de l’inflation», a souligné l’orateur.

L’euro est aujourd’hui soutenu par 75% des citoyens européens, «le plus haut niveau depuis 2003», a surenchéri le Français pour qui «ce soutien populaire est notre plus grand succès et notre plus grand atout». François Villeroy de Galhau avertit toutefois qu’une menace plane sur l’intérêt général: «Nous n’avons pas su profiter des temps économiques plus favorables pour anticiper la prochaine crise».

Des acquis, mais beaucoup de défis

Et force est de constater que l’année 2019 s’annonce truffée de défis: l’incertitude tout d’abord, avec les dossiers du Brexit, du cycle économique américain qui semble arrivé à maturité sans oublier les indicateurs chinois mal orientés. L’impatience pèse aussi tant elle «joue contre les efforts des réformes budgétaires et structurelles». «Il est souhaitable d’avoir une relance budgétaire pour avoir une croissance durable», a appelé le conférencier. Celui-ci a également dénoncé l’isolationnisme qu’il estime être la menace la plus sérieuse à court terme pour la croissance économique mondiale.

Dans ce contexte délicat, François Villeroy de Galhau a invité à trois règles de conduite: conserver une indépendance, mieux comprendre les raisons de l’inflation et plaider pour un renforcement européen. «La politique monétaire ne peut pas tout faire à elle seule», a-t-il souligné.

Certes, l’euro s’est fait une place dans la vie quotidienne de 340 millions d’européens. Mais la monnaie unique reste nettement moins utilisée que le dollar pour les échanges économiques mondiaux. «Il est impérieux de doter l’Union européenne d’une véritable autonomie stratégique». Ce qu’il manque à l’UE? Une souveraineté commerciale, répond le gouverneur. L’appel est lancé.