LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le télétravail n’est pas la solution miracle pour tous

La pandémie de coronavirus présente des défis sans précédent pour l’Europe, et a de profondes implications sur la façon dont les gens vivent et travaillent. L’un des changements qu’elle connaît déjà est la proportion de personnes travaillant à domicile. Au vu des mesures de confinement, le recours massif au télétravail a été pris, pour certains dans la précipitation.

En 2015 une étude d’Eurofound montre qu’environ un cinquième des travailleurs pratiquaient une forme de télétravail ou de travail mobile basé sur les TIC. Les écarts entre les États membres étaient assez importants: Le Portugal a enregistré seulement 8% de travailleurs faisant du télétravail, alors qu’au Luxembourg, ils sont à 25%.

Cette diversité en Europe s’explique par une combinaison de facteurs, tels que l’affinité d’un pays pour la technologie, la culture d’entreprise, ainsi que les besoins des salariés en matière de flexibilité pour équilibrer le travail et les autres responsabilités personnelles.

Les effets de la pandémie sur le marché du travail ne sont pas encore pleinement visibles, mais il est probable que les taux de télétravail en Europe et, par conséquent, les relations employeur/employé, seront modifiés de manière permanente.

«52% des salariés ne sont pas éligibles au télétravail“

Néanmoins, si le télétravail apparaît comme la solution miracle pour le secteur tertiaire et les métiers de bureau, Sarah Mellouet, économiste chez IDEA, rappelle que «52% des salariés ne sont pas éligibles au télétravail», en se basant sur une étude du LISER avec des données de 2013. Quelles que soient les avancées technologique, un seuil incompressible de travailleurs ne pourra jamais travailler à distance de la nature même de leur poste.

La crise du Coronavirus a accéléré le processus pour les entreprises récalcitrantes, mais pas pour tout le monde. «Sur les 36% de salariés éligibles mais dont les entreprises étaient réticentes, une partie importante y a certainement eu accès du fait de la crise sanitaire que nous traversons. Cependant, je sais que dans le secteur financier des salariés continuent d’aller travailler physiquement. Aussi il serait faux d’affirmer que la totalité de ces 36% de salariés sont désormais en télétravail».

Si le télétravail n’a pas été possible malgré la crise, il ne reste qu’une seule solution pour certaines activités: le chômage partiel. C’est ce que remarque l‘économiste: «Il ne faut pas négliger le fait que 7.000 demandes de chômage partiel ont été adressées au Ministère parmi lesquelles sans doute aussi des entreprises de service, dont on aurait pu croire que leurs salariés seraient en télétravail».

«Donc certes le télétravail a explosé mais certainement pas dans les proportions que certains articles laissent à penser», poursuit Sarah Mellouet, «je pense pouvoir affirmer sans me tromper que moins de 50% des salariés du privé sont aujourd’hui en télétravail».