METZ
JEAN-PIERRE COUR

Les maires mosellans se révoltent contre la loi sur la nouvelle organisation territoriale

La ruralité représente 92% du territoire français et 33% de la population. Ce n’est donc pas un élément «accessoire» et les maires ruraux se consacrent corps et âme à toute cette population. Il y a 730 communes en Moselle dont 675 classées comme «communes rurales», donc de moins de 3.500 habitants. Ces petites communes abritent, en tout, 470.000 habitants en Moselle sur le million d’habitants que compte le département.

Abattre les préjugés

Jean-Marie Mizzon est maire de Basse-Ham et président des maires ruraux de Moselle. Il a rassemblé, il y a peu, presque 400 maires de Moselle qui sont venus manifester devant la gare de Metz. Il commente les raisons de la fronde de ces maires qui sont (pour la plupart des Français), le premier lien naturel avec la sphère civique: «Je suis un maire rural depuis 1989. En 1990, lors de la création de l’association des maires ruraux j’ai adhéré. Les collègues m’ont fait confiance et m’ont désigné récemment comme président des maires ruraux de la Moselle. Il y a aujourd’hui une montée au créneau de la ruralité. On a vu cela à Metz et on le verra le 24 juin à Paris. Nous nous opposons à cette réforme territoriale. L’on se bat aujourd’hui contre la pensée dominante qui tente de faire croire aux gens que le progrès, la rapidité, l’avenir, se concentre essentiellement en ville. Second préjugé, les petites communes, au motif qu’elles seraient nombreuses, seraient couteuses. Alors que c’est exactement le contraire et nous avons des chiffres pour le prouver. Nous avons moins de dépenses de fonctionnement et l’on ne représente que 19% des effectifs des collectivités territoriales. On a par contre plus de dépense en direction de l’investissement ramené par habitants. Les petites communes sont donc plus vertueuses. Par contre, on touche deux fois moins de dotation globale de fonctionnement (DGF) que les autres collectivités territoriales. La situation est donc injuste et nous ne seront pas des bouc-émissaires!».

Une démarche transversale

Jean-Marie Mizzon poursuit: «Par ailleurs, nous facilitons l’expression de la démocratie locale et, dans nos communes, l’abstention est moins forte que dans les grandes. Enfin, chez nous, le lien social est une vérité. Nous manifestions aujourd’hui contre la réforme territoriale et surtout contre le volet «intercommunalité». Les maires ne sont pas pro ou anti gouvernement. Nous sommes hors des schémas gauche-droite. Nos revendications sont transversales. Cette manifestation s’adresse aux parlementaires qui manient le double langage pour leur dire: Attention, ce texte est «ruralicide» et met en danger les libertés locales. Les parlementaires viennent se faire élire ici et prennent leurs ordres à Paris. Qu’ils sachent que l’on ne marchera plus dans la combine! Sortons des logiques de partis! Cette démarche gouvernementale, c’est du jacobinisme qui tend à nous marginaliser. Aujourd’hui, on oblige les maires ruraux à coopérer sans parfois même avoir droit au chapitre. Nous savons très bien par nous-mêmes coopérer avec les communes qui nous entourent en fonction des projets communs que nous avons. Que l’on nous laisse faire. Nous savons bien le faire et le faisons depuis longtemps. Nous ne voulons pas que l’on nous impose des coopérations dans un périmètre lui-aussi imposé. Cela n’a pas de sens! S’ajoute à cela que demain, si cette loi est votée, il se peut que certaines communes ne soient plus du tout représentées dans les communautés d’agglomérations. C’est insupportable et inacceptable. Demain, ce sont de grosses infrastructures lourdes de nombreux fonctionnaires qui vont nous dicter ce que nous devons faire. On nous parle d‘économie d‘échelle; c’est un leurre urbain. C’est démontré par toutes les Cours régionales des Comptes. Il n’y a là aucune économie… au contraire! Les communes rurales sont des contre-pouvoirs et ça, c’est quelque chose qui embête les hommes et les femmes politiques».

François Grosdidier, sénateur-maire de Woippy mais aussi président de l’ensemble des communes de Moselle, s’emporte à son tour: «Les maires ne sont pas des petits barons mais les fantassins de la République... Il est extraordinairement rare qu’ils manifestent avec leur écharpe. La raison à cela est que le gouvernement asphyxie financièrement les communes et, juridiquement, les vide de leur substance».