LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Cela fait 25 ans que Ada oeuvre pour promouvoir le finance inclusive, un secteur également touché par la crise Covid-19

La microfinance a beaucoup évolué en un quart de siècle, mais la révolution s’est accrue ces dernières années avec une explosion de la digitalisation du secteur. Pour Frédéric Ruaz, chef de l’unité communications et relations publiques de ADA, la finance inclusive doit être ouverte à tous, et la digitalisation permet de toucher des populations plus isolées qu’auparavant. A l’heure de la pandémie Covid-19, la digitalisation est encore plus d’actualité: «Le digital facilite l’accès, mais avec cette crise, c’est devenu un vrai sujet. En Afrique, en Amérique du sud, en Asie, avec le confinement le digital s’est imposé comme une vraie solution», explique-t-il.

Si les pays du sud seraient pour le moment moins touchés par la crise sanitaire, ils sont par contre touchés de plein fouet par la crise économique qui en résulte.

«Les personnes que nous soutenons sont soudeurs, coiffeurs, des métiers manuels où ils ont besoin d’aller sur les marchés et de côtoyer du monde. Avec la pandémie, toute la chaîne de la microfinance s’est grippée elle aussi. Ces derniers se trouvent en difficulté pour rembourser leurs prêts, faute de pouvoir exécuter leur activité rémunératrice, les coopératives et les instituts de micro-crédit qui prêtent sont à leur tour en difficulté, bloqués car ils ont du personnel à payer. C’est alors le rôle d’Ada de soutenir ces institutions avec un moratoire sur les prêts et en refaisant des calculs de prêts et de liquidités», raconte Frédéric Ruaz.

Soutenir la reprise de l’économie

Pour aider les instituts partenaires, Ada a édité plusieurs guides, ces derniers ayant déjà été téléchargés près de 2.000 fois. Car au-delà du court terme où il faut garder tout le monde à flot, il faut d’ores et déjà penser au moyen et au long terme pour soutenir la reprise de l’économie. «Un agriculteur qui n’a pu vendre sa récolte aura besoin d’une nouvelle année pour se remettre sur pied», précise le spécialiste.

Ada a donc dû s’adapter à ce nouveau paradigme. Avec un budget assuré à 80% par le ministère des Affaires étrangères, un mandat qui a été renouvelé trois fois déjà, Ada a pu réorienter certains budgets pour parer à l’urgence. Ainsi les budgets formations, très peu utilisés actuellement au vu du confinement, ont pu être alloués à soutenir les instituts de micro-crédit partenaires d’Ada. L’organisation mise aussi sur une recherche de financement, et comme le rappelle Frédéric Ruaz, dans finance inclusive, il y a bien «finance». Ada se repose sur le LMDF, le fonds dédié à la microfinance basé au Luxembourg qui existe depuis maintenant dix ans. Un besoin à l’époque, car «personne ne voulait financer les organismes de microfinance», indique le chef d’unité.

Aujourd’hui 50% des fonds de microfinance du monde entier sont domiciliés au Luxembourg, ce qui fait du Grand-Duché un pays en pointe dans le secteur. Avec LuxFlag en prime, le label luxembourgeois qui valide ces fonds de finance inclusive, le secteur a de beaux jours devant lui, d’autant que le durable et l’inclusif sont des notions qui portent aujourd’hui dans le monde de la finance.

Pour éviter les écueils, Frédéric Ruaz rappelle que Ada est connecté avec des agences et des associations sur le terrain, et que les activités sont mesurées et auditées. De quoi rassurer tous les partenaires, ainsi que les bénéficiaires, de plus en plus nombreux.

www.ada-microfinance.org