CLAUDE KARGER

Tout a commencé avec un fait divers: des journalistes de l‘Union-L‘Ardennais ont remarqué le weekend dernier que des affiches d‘une campagne du Ministère de la Santé français avaient été vandalisées à Châlons-en-Champagne. Les affiches qui font partie d‘une campagne de prévention contre le SIDA, montrent deux hommes qui s‘entrelacent. Rien de plus! Pourtant, la campagne est controversée: plusieurs municipalités de droite ont déjà décidé de retirer les affiches - des décisions contre lesquelles la Ministre Marisol Touraine, a dorénavant saisi la justice administrative, dénonçant des comportements d‘élus «d’un ordre réactionnaire d’un autre âge et d’un autre temps». Evidemment, en pleine pré-campagne électorale pour les présidentielles dans l‘Hexagone, l‘affaire fait grand bruit.

L‘Union a d’abord rapporté les dégradations dans un article très factuel, récoltant toutefois une déferlante de commentaires homophobes. Un nouvel article sur ces attaques suivit et engendra encore plus d‘infâmies punissables par la loi. La rédaction prit alors la décision d‘en publier une vingtaine dans son édition locale - certaines avec identités et photos des commentateurs - sous le titre: «2016, l‘homosexualité dérange toujours». Une première en France qu‘un journal franchisse ce pas. En octobre dernier, la chaîne télé France 3 Midi-Pyrénées s‘était indignée des commentaires xénophobes après un reportage sur l‘arrivée des migrants dans la région. En Allemagne, le «Spiegel» a récemment publié certaines des menaces contre des politiciens allemands - les politiques luxembourgeois ne sont pas en reste de telles infâmes attaques comme d‘ailleurs aussi d‘autres personnalités de la vie publique, surtout celles engagées pour un mieux vivre ensemble. «Nous prenons ainsi la responsabilité de mettre un visage et un nom sur des propos haineux», explique Didier Louis, rédacteur-en-chef de l‘Union-L‘Ardennais l‘action de son quotidien, «les photos ne sont pas «volées», elles figuraient dans l‘espace public. Un tabou est brisé, puisque nous rompons l‘anonymat. L‘anonymat n‘est pas l‘attribut du courage». Tellement vrai! Du courage, l‘Union en a montré. Si le journal essuyera sans doute maintenant davantage d‘ignominies encore dans les réseaux sociaux, l’initiative aura - espérons-le - au moins fait réfléchir et empêché certains de décharger leur haine dans ces caniveaux éléctroniques bourrés non seulement de propos discriminatoires, mais encore de fausses informations. Ces canaux tellement influents sur l’opinion publique, mais que même leurs inventeurs, qui pourtant en tirent des milliards de revenus, n‘arrivent depuis longtemps plus à contrôler, semble-t-il. Le Luxembourg aussi a vu ces dernières années une série de retentissantes affaires en justice pour des propos haineux sur Facebook. «BeeSecure», qui sensibilise aux dangers du Web et recueille des plaintes pour de tels propos sur Internet, a rapporté lors du lancement de sa campagne «No Hate Speech» fin octobre une augmentation importante de ces derniers, surtout depuis la crise des réfugiés.

Il faut répondre, prendre le contrepoint de la haine. Un devoir civique. Comme le respect mutuel. Des valeurs dont la défense et l‘enseignement nous semblent encore plus importants à l‘heure du tout digital à toute vitesse. Il y va de la sauvegarde de la société tolérante que nous croyons acquise. Mais elle semble l’être de moins en moins.