SENEGAL
DAVID THOMAS (AFRICAN BUSINESS MAGAZINE)

Une solution neutre en carbone contre la pénurie d’eau

En Afrique, les propriétaires des petites exploitations agricoles prient pour la venue de la pluie dont dépend leur avenir économique. Si les pluies arrivent comme prévu, les fermiers sont en mesure de subvenir aux besoins de familles entières, voire de produire en excédent et de gagner un revenu supplémentaire au marché. Bien qu’il subvienne aux besoins de millions d’Africains, le secteur agricole dépend toujours de pluies saisonnières irrégulières. D’après l’Institut International de Gestion de l’Eau, la pratique de l’irrigation ne s’étend que sur 7% de la surface totale cultivée en Afrique sub-Saharienne, soit 183 hectares - le taux d’irrigation le plus bas du monde. Alors que le continent se trouve en première ligne des ravages du dérèglement climatique, les prévisions indiquent que les pluies deviendront de plus en plus sporadiques. Selon le Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC), ce changement détériorera davantage les productions de blé, de riz et de maïs en Afrique.

Une entreprise fondée en 2011 a décidé de prendre le problème à bras le corps. FuturePump (la Pompe du futur), avec des équipes au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, au Kenya et en Inde, propose des pompes d’irrigation alimentées en énergie solaire à des petits exploitants agricoles. Cette pompe, assemblée en Inde et conçue en coopération avec la fondation néerlandaise Practica Foundation et l’ONG iDE, permet aux agriculteurs de s’épargner des heures de travail et d’économiser de l’argent qui aurait sinon été dépensé pour l’achat de carburants polluants pour pompes traditionnelles. «Environ la moitié de nos clients optait auparavant pour l’irrigation manuelle, donc pour eux, l’intérêt est de ne plus passer des heures à déplacer des seaux d’eau ou à pomper de l’eau en pédalant, et de pouvoir faire pousser leurs récoltes de manière plus sûre et régulière», affirme Toby Hammond, fondateur et directeur général de FuturePump. «L’autre moitié utilisait des pompes à essence ou à fuel, donc ils économisent de l’argent et rejettent moins de gaz polluants en ne recourant pas aux énergies fossiles».

FuturePump affirme que certains agriculteurs ont pu faire doubler ou tripler leur revenu en éliminant le coût des énergies fossiles et en cultivant des céréales en dehors de la saison des pluies. Ils estiment également qu’ils rentabilisent leur investissement généralement en moins de deux ans. Bien que le prix de cette technologie soit relativement bas - environ 650 dollars l’unité - beaucoup de clients potentiels de l’entreprise n’ont simplement pas cet argent à disposition. «L’un des gros problèmes des agriculteurs dans le monde entier est qu’ils ont généralement de l’argent au moment des récoltes mais pas entre. Et la grande majorité de nos marchés a besoin d’un échéancier, une sorte de contribution de la part des consommateurs» explique Toby Hammond, qui ajoute que les financements représentent l’obstacle le plus important à une plus vaste distribution du produit. «L’investissement peut être remboursé en 18 mois grâce aux économies de carburants et par l’accroissement de la productivité, mais ce ne veut pas pour autant dire que l’agriculteur a de l’argent à portée de main.»

Son entreprise a mis en place avec succès des échéanciers pour des petits producteurs. L’entreprise prévoit de vendre quelque 4.000 pompes cette année, et espère bien continuer à doubler ses ventes chaque année, conformément à ses performances de ces trois ou quatre dernières années. Cependant, Toby Hammond ne se fait pas d’illusions: les technologies «vertes» ne constituent pas une promesse d’enrichissement. «L’entreprise se soucie avant tout des impacts sociaux et environnementaux. Nous espérons pouvoir voler de nos propres ailes économiquement et gagner un peu d’argent, mais ce n’est pas le marché le plus lucratif qui soit », assure-t-il. En effet, à ses débuts, l’entreprise dépendait fortement des subventions du Département du Développement International britannique et de l’USAID (Agence des États-Unis pour le Développement International) afin d’accroître sa présence. «Nous sommes beaucoup moins dépendants de ces soutiens financiers aujourd’hui, et je pense qu’à la fin de l’année prochaine, nous ne le serons plus du tout» explique Toby Hammond.

Cet article est publié dans le cadre de www.solutionsandco.org , une initiative collaborative internationale rassemblant 20 médias business du monde entier mettant en lumière les entreprises changeant d‘échelle pour lutter contre le changement climatique.