LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

59 dirigeants luxembourgeois ont répondu à la «CEO survey» de PwC

Les chefs d’entreprises ont été interviewés par PwC lors de son CEO survey annuel. 22ème édition du genre au niveau mondial, c’est seulement la deuxième fois que les dirigeants luxembourgeois font partie du panel. Et leurs réponses sont bien différentes des autres pays. Sur les 59 CEO interrogés (contre 49 pour la première édition), ces derniers affirment se sentir protégés par l’économie luxembourgeoise, quand les autres sont beaucoup moins optimistes. Même chose pour ce qui inquiète les dirigeants d’entreprises locales: la sur-réglementation, le manque de talents disponibles ainsi que les changements technologiques sont plus marqués qu’ailleurs. Au niveau international, les guerres commerciales inquiètent, mais ne changent pas pour autant les habitudes: «Nombre d’entreprises au Luxembourg sont des filiales de groupes internationaux, où les décisions ne sont pas prises ici», note François Mousel, «Partner, Clients and Markets Leader» chez PwC Luxembourg.

Mais le plus grand changement que les entreprises vont devoir gérer, c’est la gestion des données. Et pour le moment, les dirigeants se disent complètement désarmés face à un phénomène qu’ils ne maîtrisent pas du tout. D’ailleurs si l’on compare les réponses données il y a dix ans pour ce qui est de l’étude globale, les réponses sont quasi les mêmes. Un constat d’échec regrette François Mousel, malgré «le buzz qui existe avec la data economy. En réalité il ne se passe pas grand-chose». En plus de mal comprendre la portée du phénomène, l’implémentation d’une culture de la «data» ne se fait pas en un jour: «C’est une problématique multidisciplinaire qui implique tous les niveaux d’une société, il faut un changement de système, de gouvernance, bref, il faut tout changer», estime le «partner».

Le manque de talents est criant au Luxembourg

Pas évident pour les dirigeants, dont certains ont investi dans le domaine, mais qui tardent encore à en voir la création de valeurs. «Cela nécessite un changement de la culture d’entreprise», conclut François Mousel. Mais pour ce changement, encore faut-il que les employés soient formés en conséquence. Le manque de talents est criant au Luxembourg: les dirigeants locaux sont 71% à se plaindre d’un déficit de talents, contre seulement 50% à l’étranger. La solution reste alors de former les employés déjà en place, pour 34% d’entre eux, quand aller chercher la main d’œuvre auprès de la concurrence est également un sport national au Grand-Duché, pour 27% des CEO (contre seulement 14% à l’étranger).

Si la culture des données est encore peu ancrée dans le pays, en ce qui concerne l’intelligence artificielle, les dirigeants sont là plus critiques: «Ils ont conscience que cela va bouleverser leur industrie, mais ne sont pas vraiment préparés», explique François Mousel. 27% des dirigeants interrogés n’ont aucun plan pour implémenter des initiatives d’intelligence artificielle, seulement 36% ont un plan sur les trois prochaines années. Si les plans manquent, le rapport de PwC note également un manque criant de spécialistes de la question, comme les «data scientists» ou les développeurs d’intelligence artificielle qui sont plus enclins à travailler là où la demande est plus forte. Là encore, un changement culture profond est nécessaire pour que l’intelligence artificielle soit banalisée dans les entreprises.