LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

L’intégration européenne, c’est bon pour l’économie, dit la Fondation IDEA a.s.b.l.

A trois semaines des élections européennes, la Fondation IDEA a.s.b.l. a dévoilé mardi les premiers résultats d’une étude dédiée à l’impact économique de l’intégration dans l’UE. Concrètement, le Grand-Duché aurait gagné entre 8,2% et 10,4% de PIB supplémentaire grâce à sa présence dans l’Union. Ce gain est d’autant plus intéressant qu’il n’est que de 4,4% à 5,5% pour la moyenne européenne.

Cet écart s’explique par de nombreux facteurs. «Les petits Etats membres et les nouveaux Etats membres semblent être les principaux bénéficiaires de l’intégration économique», pointe Vincent Hein, économiste au sein du laboratoire d’idées de la Chambre de Commerce. Avec un fort degré d’ouverture au commerce international, une part substantielle des échanges intra-européens, une proximité géographique et linguistique avec des «grandes» économies, un besoin prononcé en main d’œuvre, des besoins en débouchés commerciaux et la nécessité de trouver des ressources à l’extérieur: le Luxembourg présentait dès le départ le profil «idéal» pour dégager un impact positif de sa présence dans l’UE.

Certaines mobilités difficiles à quantifier

«La construction européenne a eu un impact positif pour le Luxembourg», résume l’économiste qui souligne qu’il s’agit là de la partie visible de l’iceberg. Car les chercheurs n’ont pas évalué l’impact de la mobilité des personnes et de la mobilité des capitaux, deux des quatre libertés fondamentales inscrites à la base de la construction européenne. Très difficile à quantifier, leur impact n’est pourtant pas négligeable.

Au Luxembourg par exemple, le nombre de travailleurs frontaliers a augmenté au moment du passage à l’euro. Certes, celui-ci coïncide avec la courbe d’expansion économique du pays mais force est de constater qu’une inflexion est clairement visible du côté de la part des frontaliers allemands. Pour le directeur de la Fondation IDEA, Muriel Bouchet, le passage à l’euro a enlevé une inconnue aux frontaliers, en particulier ceux d’outre-Moselle: le risque de réévaluation de leur monnaie. «Les taux d’intérêt étaient plus volatiles avant 1999», année d’introduction de l’euro sous forme scripturale.

Outre la disparition du risque de change, la monnaie unique a également permis de stabiliser les taux d’intérêts. «Pour les entreprises, c’était la fin d’une double peine», pointe Muriel Bouchet. Ce coup de pouce a aussi bénéficié à la place financière luxembourgeoise, qui a surfé sur la directive des OPCVM pour se développer sur le marché des fonds d’investissement et profiter de coûts de transaction allégés grâce à la monnaie unique. De 1.500 en 1960, le nombre de salariés de la place financière est passé à 26.000 en 2018.

Au Luxembourg, les exportations représentent 110 milliards d’euros dont 97 milliards rien qu’en services. «Le commerce extérieur de biens reste étroitement lié à l’intégration européenne», souligne Vincent Hein. Le Luxembourg reste déficitaire sur les exportations de biens mais son ouverture se fait sentir sur le marché du travail. «Au Luxembourg, six emplois sur dix sont liés à la demande extérieure». Ce ratio monte même à trois sur quatre dans l’industrie. Produire plus pour échanger plus, le Grand-Duché tire bel et bien profit de l’intégration européenne.

«Une situation gagnant-gagnant»

Invité par la Fondation IDEA, le chef d’équipe auprès de la Direction générale des Affaires économiques et financières de la Commission européenne Robert Kuenzel s’est penché sur les retombées de la dernière extension majeure de l’UE: l’arrivée de dix pays de l’Est le 1er mai 2004. Hausse du PIB par habitant, progression des revenus, investissements plus élevés et qualité institutionnelle: les nouveaux Etats membres ont tout gagné dans leur entrée européenne. Une fois les portes de ce marché unique ouvertes, les travailleurs ont pu plus facilement se déplacer au sein de l’UE pour travailler et générer de la richesse. «C’est une situation gagnant-gagnant pour chaque Etat», assure le responsable européen.

Et de souligner qu’en 2004, l’agrandissement de l’UE lui a permis d’accroître sa part dans le PIB mondial à 30%. Depuis lors, elle a certes diminué à 23%, accélération chinoise oblige, mais elle reste au même niveau que les Etats-Unis. Et à Robert Kuenzel d’insister: «Il ne faut pas oublier que la motivation originelle de l’UE était le projet de paix». Les retombées économiques ne sont donc pas tout.

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