LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

La fondation IDEA s’est penché sur les conséquences de la crise au niveau économique

Les économistes d’IDEA ont fait le point mardi sur la crise et ses conséquences sur le plan économique. La crise du Covid-19 est avant tout une crise sanitaire, qui s’est également muée en crise économique. L’objectif est triple pour les gouvernements à travers leurs boucliers de mesures: «prévention des faillites, éviter le chômage de masse et garantir le niveau de vie des ménages», résume Sarah Mellouet.

«Sans la crise, notre croissance aurait été de 2,8%, mais selon nos simulations elle sera plutôt de -4,2%, avec un rebond mécanique de +4,8% en 2021. Le risque majeur, c’est l’enlisement du chômage, avec une perte d’activité enregistrée de 32% pendant le confinement», explique le directeur, Muriel Bouchet. Le plan de relance au Luxembourg comprend 700 millions d’euros d’investissement public, note l‘économiste, même s‘«il sera difficile d’aller au-delà».

Sarah Mellouet compare le plan d’aide luxembourgeois: «Chez nos voisins français et allemands les garanties bancaires représentent les trois quart des mesures d’aides, alors qu’elles ne représentent que 28% au Luxembourg. La particularité luxembourgeoise c’est que 55% des aides sont des avances de liquidités pour les entreprises», estime l‘économiste. Si au total les aides représentent 14% du PIB au Luxembourg, 17% en France, l’Allemagne consacre 47% de son PIB à redresser son économie, mais «seulement» 10% en aides directes.

Pas de consensus surle scénario de reprise

Outre-Moselle, les garanties bancaires font office de rempart pour les entreprises. «Les plans luxembourgeois et français sont similaires, sauf que les Français se basent comme les Allemands sur les garanties bancaires, 300 milliards pour l’un, 1.000 milliards pour l’autre. Le coût de la crise va conditionner la suite», prévient Sarah Mellouet.

Le think tank de la Chambre de Commerce a réalisé une consultation auprès de 119 personnes, dirigeants d’entreprises et de banques, partenaires sociaux, politiques et institutions publiques, qui montre un consensus relatif sur la situation actuelle, mais pas vraiment sur le scénario de reprise. «73% des interrogés pensent que le plan de stabilisation est „plutôt adapté“ et 17% „tout à fait adapté“, mais suggèrent des pistes d’amélioration comme le fait de cibler les secteurs les plus touchés, des aides pour les grandes entreprises, ainsi que la hausse de seuil des aides ainsi qu’une éventuelle participation de l’Etat dans des PME», relate Vincent Hein. Si la crise aura de lourdes conséquences sur l‘économie luxembourgeoise, les participants à la consultation se veulent optimistes pour 2021 puisqu’ils sont 80% à estimer que le chômage ne s’aggravera pas.
RECOV id - un groupe d‘économistes qui unissent leurs forces pour aider la Task Force pour la coordination du secteur de la recherche publique dans le contexte de la pandémie- s’est penché sur les questions économiques liées à la crise Covid-19.

Dans l’hypothèse d’une tendance de base, le groupe suggère que selon ses calculs le confinement actuel pourrait réduire la production mensuelle du Luxembourg de 28 à 42% en fonction de la détérioration de l‘économie internationale et de la politique de soutien budgétaire. Chaque mois de confinement «réduit mécaniquement le PIB annuel du Luxembourg de 2,0 à 3,5 %». En supposant que l‘économie revienne à la normale, «la récession due au Covid-19 sera probablement plus profonde que celle induite par la crise financière de 2008», estiment les experts. En supposant un confinement de deux mois, cela signifie que le gouvernement luxembourgeois «pourrait injecter 3,9 à 5,9 % de son PIB de référence dans l‘économie».