Le département de la Moselle ouvre aux visiteurs du musée départemental du Sel de Marsal, dans le Saulnois au sud-est de Metz, un chantier de fouilles archéologiques datant des époques celte et gauloise. C’est le plus important site scientifiquement appliqué à la «proto-industrie» en Europe. Les visiteurs peuvent découvrir exceptionnellement le chantier de fouilles les 20 et 27 août dès 10.00. Dans le pays du Saulnois qui tire son nom de l’exploitation du sel et dont le mot «salaire» est issu, un important complexe industriel d’extraction du sel a été découvert en 1972. Il est constitué de plusieurs sites de production du sel datant de l’Âge du Fer. La structure interne des ateliers de sauniers celtiques et gaulois, dont certains s’étendent sur plusieurs dizaines d’hectares sur onze kilomètres entre les villages de Marsal et Salonnes, se dévoile peu à peu.
Des résultats inédits
Réel atout économique et donc politique, le sel a fait l’objet d’une production intensive entre le 5ème et le 1er siècle avant notre ère, dans la région rhénane. Il était indispensable non seulement pour les hommes et les animaux, mais également pour la conservation des denrées alimentaires. De nouvelles fouilles, en cours à Marsal, fournissent donc des résultats inédits sur l’organisation du travail et l’exploitation des ressources naturelles au premier âge du fer. Dans la vallée de la Seille, la présence des briquetages a profondément marqué le paysage. La présence du sel gemme à même la surface du sol explique cette exploitation «proto-industrielle» inédite en Europe à cette époque et remet en cause l’histoire même de notre vision historique.
Le principe du «briquetage» est basé sur une exploitation indirecte de l’eau de sources et de rivières particulièrement salées puisque l’on détecte ici 100 grammes de sel par litre d’eau issue d’une couche de sel gemme de 100 mètres d’épaisseur enfouie entre 500 et 60 mètres de profondondeur de la Sarre à la Franche-Comté. Pour donner une idée, la Méditerranée n’est qu’à 33 grammes par litre. Ici, l’eau salée proche du sol était versée dans des moules d’argile puis chauffée afin d’évacuer l’eau et de conserver le sel. Après utilisation, ces moules étaient détruits. Les amas de tessons ont donné le terme de «briquetage» connu à ce jour. Ceci occasionnant du même coup un ravage écologique comparable avec la pollution industrielle d’aujourd’hui.
En effet, l’exploitation du bois pour chauffer les fours à sel détruit l’ensemble de la forêt dans la région, les détritus de briquetage détournent la rivière Seille qui forme alors des marais auxquels s’ajoute l’effet corrosif du sel sur la nature. Tout ceci génère une transformation durable et un impact sur l’environnement qui se répercute jusqu’à aujourd’hui sur le paysage.
Un site référent aujourd’hui
Le responsable de ces fouilles, Laurent Olivier, conservateur du département d’archéologie celtique et gauloise de St Germain en Laye, explique: «Nous travaillons ici avec une quinzaine d’instituts de recherche. C’est un site de référence et c’est le plus important site d’extraction du sel pour l’Europe ancienne ayant généré plus de 3,5 millions de mètres cubes de déchets. Pour donner une idée, la pyramide de Khéops c’est seulement deux millions. Cela donne le volume de ces déchets accumulés en moins de 500 ans. Soit du 6ième siècle avant J.C. à la conquête romaine. Il y avait entre 5.000 et 10.000 personnes qui travaillaient ici. C’est énorme pour l’époque». Selon l’expert, la ville de Marsal serait construite sur dix mètres de terre cuite faite de déchets des fours. «En fait, on ne connaissait rien d’une industrie hiérarchisée à cette époque», poursuit Olivier, «on n’imaginait pas qu’existait un phénomène industriel avant l’époque romaine. C’est une révolution archéologico-industrielle bien avant la révolution industrielle du 19e siècle. Est-ce un accident de l’histoire? Et du coup, est-ce qu’il y a eu d’autres aventures comme celle-là? De rationalisation du travail? Concevoir des chaînes de production? Ce sont de vraies questions. Notre travail éclaire aussi notre futur quand il confirme que des évènements du passé on une répercussion aujourd’hui encore. Ça, c’est d’actualité».
Une conférence sur les résultats des fouilles aura lieu le vendredi 28 août prochain à 18.00 au musée départemental du sel. Le billet d’entrée au musée permet l’accès aux fouilles. Renseignements et réservations au: + 33 (0)3 87 35 01 50. Plus d’infos: tinyurl.com/museedusel



