LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le monde du secteur spatial se réunit pour la conférence «NewSpace Europe»

Sous le thème «Breaking Barriers», hier et aujourd’hui, le secteur est réuni au Kirchberg pour poser les bases d’une privatisation croissante du marché spatial. Comme pour un autre secteur marchand, les entreprises comptent bien faire main basse sur l’exploitation spatiale. Que ce soit avec les lancements de satellites, les applications dédiées ou encore tous les services liés aux voyages spatiaux qui vont se «normaliser» dans le futur. Tout un potentiel économique que le secteur privé voudrait bien exploiter.

Le Luxembourg s’est positionné comme leader en la matière et compte bien tenir son rang. Cela fait 30 ans que la «Space Frontier Foundation» a été créée aux Etats-Unis, et un peu plus encore que le gouvernement luxembourgeois a planté sa marque dans l’espace avec SES, devenu depuis un des leaders du marché de satellites commerciaux au monde. Communication, services reliés aux lancements, investissements dans le secteur, l’espace attire de plus en plus d’acteurs du secteur privé: «Les nouvelles technologies sont matures», a précisé hier Marc Serres, directeur de la LSA dans ses quelques mots d’introduction.

En tant que «Keynote speaker», Nicolas Chamussy, vice-président de Space Systems, Airbus Defence and Space a salué l’attitude de pionnier du Luxembourg dans le secteur spatial: «Le Luxembourg est depuis 30 ans à l’avant-poste du secteur spatial. Avec 2% de son PIB lié au secteur, l’espace représente plus que dans les autres pays européens. C’est le premier pays à avoir mis en place un cadre légal», a t-il rappelé. 

Tout l’enjeu de la conférence est que l’Europe reste maître du jeu spatial commercial. «Récemment 14 CEO du secteur spatial ont envoyé des députés européens défendre une augmentation des budgets des programmes spatiaux», a soutenu Nicolas Chamussy. Si les acteurs privés ont tout intérêt à ce que le secteur se développe commercialement, le représentant d’Airbus Defence est bien conscient du grand rôle à jouer des pouvoirs publics: «Il y a un risque que ce “new space” ne soit qu’une bulle. Aujourd’hui, aucune société n’est économiquement viable sans des fonds publics».

Pour autant, le marché est bouleversé car l’accès à l’espace est devenu ces dernières années plus «abordable»: la connexion internet, l’intelligence artificielle, la surveillance etc. Mais si les coûts ont été baissés, la question du financement reste toujours le nerf de la guerre. Ainsi Space Systems a crée au sein d’Airbus son propre «corporate venture fund», car le potentiel économique est énorme. Analyse de données, cloud, le secteur privé a tout intérêt à se placer dans tout un écosystème de services orbitaux. «Trois à six astronautes sont en permanence dans la Station Internationale, les acteurs privés doivent intervenir pour proposer des services qui y sont attachés».

Et quand on parle d’espace, il ne s’agit pas seulement de satellites. Pour Nicolas Chamussy, la lune est bien de retour sur les agendas. Pour ce dernier, un projet de station ou de «village» lunaire est dans les cartons pour les années à venir: «Il ne faut pas juste un cadre pour le marché du futur, mais nous sommes au tout début d’un domaine orbital».

Et de rajouter que «ceux qui seront en mesure de se financer pourront survivre». Et pour cela, le vice-président ne va pas par quatre chemins: «Les Européens ont besoin de continuer à se réinventer, notamment par une industrie qui va combiner des financements publics et privés. Nous devons adopter une nouvelle approche de financement, qui va prendre en compte les risques».