Il y a un mois jour pour jour, des fous furieux fanatiques décimèrent la rédaction et les gardiens du journal satirique Charlie Hebdo. Dans le monde entier, des millions de citoyens sont spontanément descendus dans les rues pour condamner cet ignoble attentat sur la liberté d‘expression et déplorer les 17 victimes des équipées sanglantes des frères Kouachi et de leur complice Amedy Coulibaly, assassin d’une policière municipale et de quatre citoyens juifs. Un énorme moment d‘émotion et un énorme mouvement de solidarité pour ceux qui ont péri entre les mains de criminels justifiant leurs meurtres par leur foi.

Tout le monde était tout d‘un coup Charlie. Même des chefs d‘Etat et Premiers ministres dont pas tous ne sont connus pour cultiver un amour profond pour la liberté de la presse dans leurs pays respectifs. Cela ne s‘est pas amélioré depuis. Et si la liberté d‘expression est un sujet de discussion-phare dans bien des enceintes, l‘heure ne semble pas aujourd’hui aux grandes décisions politiques pour son renforcement. Sauf peut-être en Irlande, où un référendum sur l‘abolition d‘une loi anti-blasphème semble décidé après un vaste débat déclenché par la distribution sur l‘île verte du premier numéro Charlie Hebdo après le massacre.

Non, dans une atmosphère toujours explosive, marquée par la peur de nouveaux attentats alors que les fous de l‘Etat Islamique redoublent de brutalité, que des prédicateurs extrémistes crient plus fort à l‘extermination de ceux qui ne croient pas en leur dieu et que même un député appelle dans l‘enceinte du Parlement pakistanais à tuer les responsables de Charlie Hebdo, l‘heure est pour l‘instant plutôt au renforcement sécuritaire. Il faut veiller à ce que tout cela n‘affaiblisse pas les droits des citoyens, sinon les extrémistes auront gagné une manche, comme ils en ont déjà gagné une avec la décision de certains média de censurer les caricatures de Charlie Hebdo dans leurs reportages sur les tueries de Paris. Depuis un mois, l‘heure est bien sûr aussi à l‘appropriation de «Charlie» par les politiques de tout bord. Ceux qui de toute façon ne sont qu‘en permanence à la recherche de boucs émissaires au lieu de solutions. Mais ceux aussi qui se prétendent du milieu du spectre politique. Cette semaine, le Président de la République française invoquait, en référence aux défilés du 11 janvier dernier, «l‘esprit de janvier» pour appeler à l‘unité nationale pour un grand élan de réformes afin «d’assurer la cohésion du pays pour le faire avancer, le faire réussir».

Mais aux élus de donner l‘exemple et de dresser ensemble un programme pour atteindre ce but, pour vraiment arriver à cette France plus juste et équitable invoquée dans les discours du dimanche au lieu de se déchirer en permanence dans des luttes politico-politiciennes qui ne font que saboter la confiance des électeurs. Car c‘est ce qu‘il faut pour faire échec aux fanatismes: offrir de véritables perspectives à ceux qui courent le danger de se faire attraper dans les filets d‘extrémistes.

La clé c‘est l‘éducation, qui doit aussi fournir le bagage intellectuel pour réfléchir sur et remettre en question certaines choses. Charlie Hebdo a d‘ailleurs contribué un peu à cela. Espérons que l‘esprit de janvier continuera à souffler. Et cela dans la bonne direction.