BERLIN
JEAN-PIERRE COUR

La Moselle et Sarre s’y retrouvent dans des ambitions communes

Invité par le Land de Sarre, une délégation mosellane s’est rendue mardi à Berlin à la représentation sarroise de Berlin à l’initiative de Stephan Toscani, ministre des Affaires européennes de la Sarre. Ce dernier y a reçu le président du Conseil départemental de la Moselle, Patrick Weiten. Les deux hommes politiques ont présenté leurs projets transfrontaliers au public berlinois. Cela a été aussi l’occasion de présenter un film de 56 minutes intitulé: «Robert Schuman - l’Europe en héritage», de Patrick Basso réalisé à l’initiative du Conseil départemental de la Moselle.

Le futur se construit à la marge

Pour le ministre sarrois: «Robert Schuman reste un homme référent et il nous faut le rappeler à nos capitales respectives comme il faut rappeler à Berlin et à Paris nos particularités et nos coopérations. Robert Schuman, visionnaire, avait compris comme une évidence que le futur se construit souvent près des frontières. C’est une personnalité de notre région frontalière, né au Luxembourg et ayant grandi en Lorraine. Il rejoint notre sensibilité. Il a fait son droit à Bonn, Munich et Strasbourg puis son examen d’Etat à Metz. Visionnaire également car cinq ans après le silence des canons, en 1950, il lance les jalons de la réconciliation franco-allemande. Tout cela explique peut-être que nous avons ici, à Berlin, une représentation permanente de la Moselle dans nos locaux».

Pour Stephan Toscani, le rendez-vous a aussi été l’occasion de présenter à ses voisins français la «stratégie France» engagée par la Sarre visant à développer l’apprentissage de la langue du voisin. De son côté Patrick Weiten a assuré que le département de la Moselle s’engage également dans une stratégie identique et il a ajouté que le 9 juillet prochain, le département allait ouvrir (après une «Maison du Luxembourg» à Thionville) une Maison Ouverte des Services pour l’Allemagne (MOSA) à Forbach. Avec cette institution, les employeurs, les salariés ainsi que les demandeurs d’emploi auront un organisme de contact concernant notamment le cadre social des travailleurs frontaliers.

La Moselle à la croisée des chemins

Cette rencontre a été d’autant plus intéressante que la Moselle est aujourd’hui à la croisée des chemins. Patrick Weiten s’est d’ailleurs rendu à cette invitation dans l’esprit préserver pour la Moselle une certaine visibilité alors-même que la Lorraine est aujourd’hui engagée dans une réforme territoriale qui la marie de force avec l’Alsace et la Champagne-Ardenne composant alors une hyper-région de 5,5 millions d’habitants. Il explique: ‹‹Il faut que l’on marque nos particularismes, économiques, culturels, touristiques. Il faut en effet dire et rappeler souvent à Paris et à Berlin ce que nous faisons au quotidien car ce n’est absolument pas connu. Dans cette hyper-région française, nous devons faire perdurer la Grande Région transfrontalière. Mais nous ne partons pas de rien. Rappelons-nous le site archéologique commun entre la Moselle et la Sarre à Bliesbruck-Rheinheim, l’Eurozone en Moselle-Est, les Jardins Sans Limite qui accueillent trois cents milles visiteurs également sur le territoire luxembourgeois... Mais il faut agir pour le quotidien des Luxembourgeois, des Sarrois et des Lorrains. C’est notre travail d’élus. Et ceci dans l’économie et l’emploi, la mobilité, l’apprentissage des langues et la formation professionnelle». Pour conclure, Patrick Weiten a assuré: «L’avenir de la Moselle n’est pas au sud, à l’est ou à Paris; il est au nord!».

Conceptions luxembourgeoises

Lors de cette rencontre, Son Excellence Georges Santer, ambassadeur du Grand-Duché, précédemment à Paris puis aujourd’hui à Berlin, a participé au débat en constatant: «C’est vrai que la Grande Région transfrontalière est un espace compliqué à comprendre. C’est vrai que chaque fois que l’on s’élargit il faut à la fois serrer les rangs et que cela pose la question de l’intégration. Pour ma part, je crois qu’il faut installer des institutions plus fortes et il faut aller voir ce que font d’autres espaces comme le Rhin supérieur avec le Bad-Wurtemberg ou ce qui se passe au nord entre les Pays-Bas et l’Allemagne. Je n’oublie pas ici que le Luxembourg a une responsabilité pour cet espace en tant qu’Etat souverain en ce domaine en ouvrant des portes au niveau européen». Même si la réforme territoriale française enlève aux départements ses responsabilités vis-à-vis de la sphère économique, Patrick Weiten tient à mettre le pied dans cette porte qui se referme et ne veut rien lâcher. Ce qui est certain, c’est qu’ici le président du département de la Moselle se positionne lui-même, tout comme le département, pour mieux résister à cela et s’assurer d’une certaine visibilité dans la perspective des élections régionales du 6 décembre prochain en France, jour de la St Nicolas, saint patron des Lorrains. Est-ce un signe?