LUXEMBOURG
CLAUDE KARGER

Mélanie Broquet coordonne les programmes d’urgence de Handicap International pour la Syrie - Sur le terrain, elle ne voit aucune diminution de l‘intensité du conflit et de l’urgence humanitaire

La bataille pour Alep terminée, des cessez-le-feu décrétés, des pourparlers de paix engagés... Pourtant, Mélanie Broquet ne voit aucune diminution de l‘intensité du conflit syrien et encore moins une amélioration des conditions de sécurité et de vie des populations touchées. «Les Syriens sont épuisés et des millions d‘entre eux se trouvent dans un état de précarité avancé», pointe la responsable du suivi et de la coordination des programmes urgence d’Handicap International liés à la crise syrienne qui mobilisent environ 500 personnes en Syrie, en Irak, au Liban et en Jordanie, «tout ce qu‘ils veulent, c‘est la paix. Et de pouvoir faire leur deuil proprement». De passage au Grand-Duché vendredi dernier, Mélanie Broquet a notamment rencontré le Président de la Chambre des Députés, Mars Di Bartolomeo, et le Président de la Commission parlementaire des Affaires étrangères, Marc Angel, pour faire le point sur les réalités dramatiques qui se cachent derrière des chiffres terrifiants: près de 400.000 morts depuis le début du conflit en 2011, deux millions de blessés environ, 6,5 millions de déplacés au sein du pays et cinq millions qui l‘ont fui. Rappelons que la Syrie comptait 22 millions d‘habitants en 2011. Sur place, des infrastructures détruites, un approvisionnement défaillant, une prise en charge médicale quasi inexistante alors que des centaines d‘hôpitaux ont essuyé des frappes aériennes - il y en a d‘ailleurs une tous les quarts d‘heure, faisant à chaque fois de nombreux blessés - et que le personnel médical a dû s‘enfuir également. Les opérations militaires dans une guerre aux fronts multiples empêchent l‘aide humanitaire à atteindre certaines zones, où des millions de personnes sont quasi prisonnières, réduites «à se nourrir de feuilles et d‘herbe», souligne Mélanie Broquet. «Nous aidons les personnes blessées à retrouver leur mobilité en les équipant de prothèses notamment, mais en assurant aussi leur rééducation», explique-t-elle, «mais il y a un énorme besoin de suivi psycho-social aussi». Des années passées dans l‘insécurité et la peur, sans perspectives, en fuite permanente, ont des conséquences dramatiques. «80% des personnes dont nous nous occupons sont en souffrance psychologique, nous n‘avons jamais vu une telle ampleur», pointe encore Broquet, qui parle d‘«une génération mutilée physiquement et psychologiquement».

Déminer et réinsérer

Peut-on espérer un retour à la paix un jour? Mélanie Broquet ne s‘avance pas trop sur cette question, alors que la situation politique reste extrêmement complexe. Ce qui serait certain cependant, c‘est que la Syrie demeurera dans une situation d‘urgence pour des années encore, même si la paix finirait par s’installert. Outre le défi du rétablissement de l‘approvisionnement et la reconstruction des infrastructures se posera celui de la sécurisation surtout des zones d‘habitation contaminées par d‘innombrables engins explosifs. «Il y en a tellement que celà prendra des décennies pour tout nettoyer», explique Mélanie Broquet.

Une des missions d‘Handicap International est de mener des opérations de déminage et de sensibiliser les populations dans les régions contaminées aux dangers de des engins mortels non-explosés. Des campagnes d‘information ont ainsi lieu sur place et dans les camps de réfugiés. Une autre chantier réclamera lui aussi des décennies d‘efforts: la réinsertion des victimes du conflit dans une société syrienne qui devra se reformer. Un challenge bien plus ardu encore.