LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le château de Larochette reprend peu à peu vie grâce à une équipe de l’Université

Marleen de Kramer est étudiante en doctorat d’histoire à l’Université du Luxembourg. Son travail depuis deux ans consiste à reconstituer en 3D le château de Larochette. Avec une formation en architecture, un Master en patrimoine, Marleen de Kramer emploie son expérience pour réaliser un vrai travail d’enquête. Pour cette dernière, l’objectif est de rendre compte du château de Larochette du temps de sa splendeur, mais également de fournir le plus de données possibles pour cette reconstruction: «Nous partons des ruines existantes, et d’un modèle en papier mâché, qui n’a ni auteur, ni dates, ni aucune autre donnée inscrite. Je veux faire l’inverse, c’est-à-dire travailler avec le plus de données possibles».

Son équipe a commencé à reconstituer les paysages de l’époque autour du château. Un travail déjà important puisque le cours de la rivière a été détourné à travers l’histoire. «Nous avons connecté les noms des rues ou des lieux avec le paysage, un parking ici était avant le cimetière, lui-même accolé à une église aujourd’hui disparue. Nous avons pu comparer une carte de 1824 avec d’autres cartes historiques, c’est là que nous nous sommes aperçus que le cours de la rivière a été changé, elle s’est transformée en ligne droite. Ceci a été confirmé par la présence d’un moulin à eau… qui n’est plus au bord de la rivière. Tout cela dans le but d’installer le chemin de fer et la gare».

Enquête et déduction

Tout est question d’enquête, de déduction, et de prendre le temps de parcourir énormément de documents historiques, tout en les replaçant dans leur contexte: «Nous savons que le château a été victime d’un incendie en 1565, il a été quasi détruit. Mais par la suite, les artistes qui venaient peindre les ruines ont exagéré l’état du château, car les ruines ça donne un effet plus romantique», explique la chercheuse. Le château de Larochette n’était pas un château défensif, comme l’a découvert l’historienne, c’était au contraire un château qui comprenait de nombreux logements: «C’est un château inhabituel pour l’époque, mais en tant qu’architecte je peux voir certaines choses avec la base des ruines. Il y a tellement de gens qui habitaient là que les habitations s’entassaient sur deux niveaux. Normalement ce genre de château n’a qu’un seul niveau, avec le sous-sol réservé aux domestiques».

Marleen de Kramer s’est notamment appuyée sur les éditions des «Cahiers luxembourgeois» de 1933 dont deux volumes étaient consacrés à Larochette: «Il s’agissait de travail d’historiens locaux, sans beaucoup de données. C’est une approche à l’ancienne où il s’agissait plus de se faire un nom que de pouvoir être contredit par la suite. Quant aux autres documents, le bureau des Sites et Monuments aurait longtemps été en froid avec le bureau d’archéologie, ce qui ne facilite pas du tout notre travail et l’accès à des documents importants». Car tout est potentiellement intéressant, une lettre gardée au fin fond d’un grenier peut révéler des trésors et en apprendre beaucoup sur la propriété: «Quand je travaillais en Irlande du Nord, pour la reconstitution d’une ancienne maison nous avions des peintures représentant l’extérieur, mais quasi rien pour ce qui était de l’intérieur. Mais nous avons trouvé un inventaire quand le propriétaire des lieux est mort. Le nombre de rideaux a donné le nombre de fenêtres! Dans ce cas-ci, il y avait un rideau de plus que toutes les fenêtres que nous avions pu localiser. Une lettre écrite de la maison mentionne que l’auteur voit le ciel de son lit, c’est comme cela que l’on a découvert une fenêtre de toit dont nous ignorions l’existence». Mais c’est un travail de fourmi, qui prend un temps énorme: «C’est le plus dur, aller chercher des documents sans trop savoir ce que l’on pourra y trouver. Mais c’est un peu comme une chasse aux trésors, c’est excitant au final».