LUXEMBOURG
OLIVIER ROUSSEAU

Le hautboïste Katsuya Watanabe sur scène avec les Solistes Européens, Luxembourg

Un concert, comme une pièce de théâtre, une soirée de ballet ou une représentation d’opéra, c’est du spectacle vivant, en direct, éphémère puisqu’il n’existe que dans un espace-temps bien précis. Cette spécificité a ses risques, notamment un problème de santé de l’un des interprètes. Un événement inattendu, qui peut être problématique.

C’est ce qui est arrivé ces derniers jours aux Solistes Européens, Luxembourg. Ils ont appris samedi dernier que François Leleux, le soliste hautboïste initialement prévu, souffrant, ne pourrait être présent au concert de lundi soir. Dans pas mal de situations semblables, la décision est simple et rapide: le concert est annulé. Chez les SEL - et pour leurs spectateurs - cet inattendu s’est révélé bienvenu!

Un soliste remarquable

En effet, dans cet orchestre, Katsuya Watanabe, le hautbois solo, est également un soliste remarquable. Il a fantastiquement relevé le défi, allant même jusqu’à préparer le concerto de Haydn initialement prévu. Cela lui a valu un week-end d’intense travail. Cela a valu à ses spectateurs des moments d’intense bonheur musical! En bis, Watanabe a fait un autre cadeau à son public: l’exécution époustouflante d’une pièce absolument redoutable de virtuosité, le «Hora Staccato» du compositeur roumain Grigoras Dinicu.

Cette heureuse résolution d’une situation délicate souligne en fait l’une des qualités intrinsèques de l’orchestre des SEL. Ses membres sont issus des meilleurs orchestres européens, titulaires de pupitres souvent, et chaque mois, ils s’offrent en quelque sorte une magnifique récréation en se réunissant pour un concert SEL. Récréation, c’est ainsi qu’ils le vivent alors qu’en fait, ce temps passé à Luxembourg leur impose un travail particulier qui les oblige à sortir de leur routine.

C’est que Christoph König est un chef d’orchestre pour qui l’inattendu est toujours bienvenu! Il l’a prouvé cette fois encore avec un programme s’écartant des sentiers battus. Qui est aussi une marque de confiance vis-à-vis d’un public prêt à sortir de son petit confort musical répétitif. La preuve en est cette spectatrice derrière nous disant à son compagnon: «On ne connaît aucune des pièces au programme!» C’est ainsi que les spectateurs du concert SEL ont pu découvrir la suite d’orchestre «Pelléas et Mélisande» de Jean Sibélius et la «Symphonie de Chambre» de Franz Schreker, une œuvre de «fantasmagorie sonore chatoyante». Sous la baguette de leur chef, les 23 musiciens requis pour son interprétation se sont fait entendre et bien entendre, aussi bien individuellement (musique de chambre) que collectivement (symphonie), ce qui est, on le sait, l’alchimie magnifique d’un orchestre.


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