LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Le taux a atteint un plus bas depuis novembre 2009 en zone euro

Mais où s’arrêtera le repli de l’inflation? Pour le mois dernier, Eurostat évalue à 0,5% le taux d’inflation en variation annuelle, du jamais vu depuis novembre 2009. Dans le détail, ce sont surtout les prix de l’énergie (-2,1%) qui tirent l’indice vers le bas. À l’inverse, les services (+1,1%), l’alimentation, les boissons alcoolisées et le tabac poussent l’indicateur vers le haut (+1%).

C’est le sixième mois d’affilée que ce taux se trouve sous la barre des 1%, une «zone dangereuse» au dire de Mario Draghi qui pourrait bien avoir des répercussions ce jeudi. Le conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) se réunit en effet et beaucoup d’analystes tablent sur une nouvelle baisse du taux directeur de l’institution. Et pour ajouter un peu de pression, le Fonds monétaire international (FMI) a réitéré hier son souhait de voir diminuer le taux directeur de la BCE. «Une inflation très faible peut profiter à une partie importante de la population, notamment les épargnants nets. Mais dans le contexte de problèmes d’endettement largement répandus, elle pénalise la reprise dans la zone euro, notamment dans les pays les plus fragiles, où elle contrecarre les efforts de réduction de la dette, d’amélioration de la compétitivité et de lutte contre le chômage», ont écrit le directeur du département Europe du FMI Reza Moghadam, son adjoint Ranjit Teja et l’économiste Pelin Berkmen sur un blog du FMI le mois passé.

Objectif inatteignable?

On ne peut cependant pas encore parler de déflation mais plutôt de désinflation: le taux d’inflation diminue depuis maintenant plusieurs mois. Par contre, il pourrait être question de déflation si le phénomène de désinflation venait à s’accentuer dans les mois à venir. Mais au dire de certains analystes, le taux pourrait déjà remonter le mois prochain.

En attendant, concilier l’objectif d’inflation de la BCE avec la situation actuelle relève de plus en plus du défi. La Banque centrale européenne vise en effet la barre des 2% alors que depuis le début de l’année, le taux d’inflation n’atteint même pas la moitié. Pour inverser la balance, deux cartes peuvent être jouées: celle du rachat d’actifs et celle du passage des taux en zone négative. Notons que si l’Europe venait à jouter la première, elle prendrait le train nettement en retard: les États-Unis ont déjà procédé à pareille opération et cette année, la Fed lève même le pied sur ces rachats obligataires. Quant à un passage du taux directeur sous la barre des 0%, cela pénaliserait un peu plus les épargnants au profit des investisseurs qui pourraient emprunter à (très) bon compte. Bref, les ingrédients sont sur les plateaux de la balance, il ne reste plus qu’à voir dans quelle direction elle penchera après-demain.