LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Gaëlle Haag organise des ateliers pour les femmes qui souhaitent investir

Mais que faire de ses économies? Comment investir quand le monde de la finance vous est inconnu? Comment faire les bons choix? Gaëlle Haag organise au Luxembourg des ateliers intitulés «Investing: beginner’s guide», afin de pouvoir apprendre sans jugement et dans la bienveillance. Elle promet en seulement quelques heures de repartir de l’atelier avec des connaissances et surtout plus de confiance pour affronter le monde de la finance.

La conférencière a une solide expérience dans le monde de la gestion de fortune et a lancé sa start-up « Startalers» il y a un an. Il s’agit d’une plateforme dédié à la finance pour les femmes, après avoir constaté que ces dernières étaient bien souvent ignorées: «Les femmes ont 40% de capital en moins à l’âge de la retraite alors qu’elles vivent en moyenne cinq ans de plus que les hommes. Ces dernières n’ont pas confiance en elles car elles pensent ne pas s’y connaître suffisamment. Sans compter que 85% des conseillers sont des hommes blancs dans la cinquantaine… Beaucoup de femmes ont eu des expériences traumatiques avec des conseillers condescendants ou qui ne les écoutent carrément pas. Nous avons toutes un projet de vie qui ne tourne pas forcément autour du rendement, mais il faut se fixer des objectifs», estime-t-elle.

Un des ateliers avait lieu la semaine dernière dans la capitale, une petite dizaine de femmes regroupées pour apprendre les rudiments de la finance, mais surtout à se poser les bonnes questions. Mises à l’aise, elles reconnaissent lors d’un tour de table qu’elles manquent surtout de confiance en elles. «Je sens que je n’ai pas le vocabulaire, je ne connais pas le monde de la finance. J’ai besoin des bases car je démarre ma propre activité», explique une. «J’ai intégré Nyuko mais j’ai peur d’entrer dans un programme de financement, je veux avoir confiance», confie une autre. Une professeure de langue se dit «fascinée par le monde de la finance. J’ai déjà investi mais sans trop comprendre comment ça marche. Je pense notamment beaucoup à l’investissement durable et éthique». Une autre participante souhaite «laisser la peur derrière nous, je veux apprendre à me lancer peut-être dans un projet. Être entre femmes permet d’être plus à l’aise selon moi».

La glace est donc rompue, les participantes sont rassurées de voir que tout le monde est là pour apprendre de Gaëlle Haag qui est très pédagogue. Elle plante tout de suite le décor: «Vous n’êtes pas seules! La peur, penser ne pas avoir les connaissances, c’est très répandu. Pourtant il ne faut pas forcément être riche pour investir, il n’y a pas besoin non plus d’un doctorat en finance, mais il faut commencer le plus tôt possible. La différence de revenus entre hommes et femmes se creuse au fil des années car ces dernières prennent moins de risques».

L’animatrice de l’atelier commence par les bases: «Laisser son argent dormir sur son compte-épargne est une erreur. Les intérêts sont tellement faibles qu’ils ne compensent pas l’inflation. Concrètement, on s’appauvrit sur le long terme, ce qui peut avoir un impact énorme sur son fonds de retraite par exemple». Elle plaide pour les marchés financiers, a priori moins rassurants: «Oui les marchés fluctuent, mais la croissance est indéniable sur le long terme, ce qui équivaut à plus de dix ans. Par ce biais, votre épargne a 90% de chance d’être rentable. Il faut changer la perception du risque». Mais quel est le bon moment pour investir? Et surtout combien? Gaëlle Haag rappelle que chaque cas est différent, chacun a des objectifs de vie personnels, que ce soit dans le style de vie ou dans le niveau de vie que l’on veut avoir à la retraite. Certains se contentent de peu, tandis que d’autres voudront continuer à se faire plaisir, il faut prendre le temps de la réflexion pour voir ce que l’on veut. «Vous devez prendre le contrôle. L’argent n’est pas une fin en soi, mais c’est un moyen. Encore faut-il se fixer des objectifs», estime Gaëlle Haag. Elle conseille ainsi de faire une liste avec ses dépenses, son style de vie et d’établir une balance «idéale» des dépenses: 50% pour les essentiels comme le loyer et l’alimentation, 30% pour les loisirs et 20% d’économies chaque mois si c’est possible. Sans oublier de former un «fonds d’urgence», soit quelques mois de salaire pour parer aux urgences. «Trois à six mois peuvent être suffisants, douze mois peut permettre de donner un sentiment de liberté en cas de changement radical de vie professionnelle ou personnelle. Mais après douze mois d’économies, c’est trop pour laisser cet argent dormir», explique l’experte. Tout dépend de ce que l’on veut sur le long terme. Des outils permettent de chiffrer ces attentes, son projet de vie. «Une fois que l’on a calculé ce dont on a besoin d’économiser chaque mois, l’investissement commence à prendre tout son sens. Cela va permettre d’accélérer et d’atteindre plus certainement son objectif».

Démystifier le jargon du monde de la finance

L’ambiance est collégiale car toutes les participantes se sentent au même niveau. L’une demande la différence entre actions et obligations, Gaëlle Haag explique donc les différents termes et démystifie le jargon du monde de la finance: «La connaissance c’est le pouvoir», estime-t-elle. Mais attention aux frais cachés et autres petites lignes d’un contrat, notamment concernant les fonds d’investissement, avertit Gaëlle Haag. Elle qui se garde bien de donner des conseils précis lors de son ateliers pour ne pas donner de recette magique aux participantes, se permet néanmoins de tacler les banques: «Il faut faire très attention aux frais d’entrée mais surtout de sortie, ainsi que les coûts cachés avec les impôts et les frais de fonctionnement. Ce qu’il faut savoir c’est qu’une banque sera trois à cinq fois plus chère que les plateformes onlines. Et sur ce segment, les Allemands sont les moins chers, même chose pour les Français, en plus leur utilisation est plus intuitive».

Avec un petit conseil précieux au passage: «Il faut veiller à ce que l’on puisse effectuer des virements mensuels avec le même montant, même si le marché fluctue. Mieux vaut investir avec des petites sommes qu’une fois par an, avec son bonus par exemple. Au début cela peut être plus facile d’être en autopilote». Une participante revient aux fondamentaux de l’investissement, l’immobilier. C’est en général l’investissement que tout le monde conseille, mais ce n’est pas forcément une option pour Gaëlle Haag: «Il faut 10 à 20% d’apport, ce qui peut représenter beaucoup selon l’achat. Un gros prêt représente de grosses dépenses, et va potentiellement gâcher votre potentiel d’investissement».

Les discussions se poursuivent et se poursuivront lors du prochain atelier dédié au niveau supérieur. Après les rudiments de la finance, Gaëlle Haag prodiguera des conseils plus poussés et plus détaillés. Pour une participation de seulement 20 euros, ses conseils valent littéralement de l’or.

startalers.com