LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Rencontre avec le designer luxembourgeois Georges Zigrand

A Luxembourg-Ville et à Metz

Philippe Starck près de chez vous

C’est au printemps 2010 que remonte la dernière incursion d’une création de Philippe Starck au Luxembourg. Le Mudam organisait en effet à cette époque la première édition de “Design City Luxembourg”, une exposition urbaine dans laquelle les passants ont pu observer deux “Holly All” du designer français. L’installation était disposée dans la Grand-Rue, en plein centre-ville.
Metz se prépare à accueillir une pépite à deux pas du célèbre Centre Pompidou-Metz: un hôtel dessiné par Philippe Starck. La Maison Heler devrait ouvrir en juin 2020 à deux pas du complexe Muse. Exploité par Curio Collection (groupe Hilton), l’hôtel de 119 chambres et suites s’étendra sur 14 étages avec au sommet de ce bloc une maison alsacienne typique du 18ème siècle à côté de laquelle un véritable havre de verdure sera érigé avec un jardin arboré et une végétation locale, le tout avec une vue sur la cité messine. Pour la petite histoire, il s’agit du premier hôtel entièrement créé et développé par Philippe Starck depuis un terrain nu en Europe. Ce projet d’un montant de 22,5 millions d’euros figure parmi les 20 nouvelles implantations de Curio Collection en cours de construction. Actuellement, l’enseigne compte une cinquantaine d’hôtels haut de gamme dans le monde.

Georges Zigrand est un designer basé à Luxembourg. Pour ce dernier qui a fait ses études en France dans les années 90, Philippe Starck, qui fête ses 70 ans aujourd’hui, reste une référence qui a rendu le design accessible au grand public.

Qu’est-ce que représente Philippe Starck pour le monde du design?

J’ai étudié le design à l’école des arts décoratifs de Strasbourg (ensAD), et dans les années 90 il était au sommet de sa carrière, il était mentionné très régulièrement! Il était alors très populaire, un designer très connu, mais pour nous les étudiants c’était quelqu’un qui était déjà établi et classé grand public. Ce n’est pas qu’on ne respectait pas son travail, au contraire, mais pour nous il n’était déjà plus considéré comme un nouveau talent. Il a révolutionné les choses dans les années 80, le café Costes à Paris, la célèbre chaise de François Mitterrand, il était post-moderne, il a apporté un souffle de nouveauté.

Est-ce que son travail vous a influencé personnellement?

J’ai toujours été intéressé par un design accessible à tous quand j’étais à l’école, l’objet communique des valeurs, aujourd’hui c’est l’écologie par exemple qui est mis en avant. Les Italiens ont déjà lancé cette tendance d’un design pour le grand public dans les années 70, mais Philippe Starck a continué dans cette logique. C’est un peu l’esprit des années 90: mettre l’esprit du temps dans les objets.

Ses objets grand public ont pu soulever certaines critiques, les partagez-vous?

Zigrand C’est lui qui a en effet rendu accessible le design, avec une brosse à dent notamment. En fait, tout le monde peut avoir un objet de Philippe Starck chez soi, c’était nouveau quand il a lancé ça et je trouve que c’est une bonne chose. Je pense que son œuvre est encore trop récente pour avoir assez de recul et faire encore une critique qui aurait du sens, c’est un peu trop tôt. Je suis allé récemment à la Porte de Clignancourt à Paris dans les boutiques vintage, les années 80 sont de nouveau à la mode, et des objets designés par Starck reviennent, ils sont de nouveau recherchés.

Il a questionné des choses, c’est ça que j’admire chez lui. Il a par exemple sorti une voiture Méhari électrique dans les années 90, avec des sièges en paillettes! C’était complètement à contre-courant des grosses voitures que tout le monde voulait conduire à l’époque. Il a même proposé à la fin des années 90 dans le catalogue “3 Suisses” le plan d’une maison en bois en kit façon Ikea. Il en a vendu quelques-unes, mais l’important c’est qu’il s’est amusé à remettre les choses en question.

C’est vrai qu’il s’est ensuite perdu à faire des objets pour riches, comme des yachts ou encore des hôtels de luxe, comme la lampe à kalachnikov. Mais au vu de son succès, peut-on vraiment lui reprocher?