LUXEMBOURG
OLIVIER ROUSSEAU

Yuan Li, son zheng et les SEL en concert à la Philharmonie

Un dépaysement pour une belle rencontre aussi réelle que symbolique, tel a été le premier concert de la saison des Solistes Européens, Luxembourg (SEL). Un concert destiné à célébrer le 45ème anniversaire (oui, déjà) des relations diplomatiques entre la Chine et le Luxembourg. Bien sûr, il y a les liens politiques et d’affaires, de plus en plus solides entre les deux pays, mais il y a aussi, tout aussi importants, des liens davantage humains, auxquels la culture partagée confère la meilleure des concrétisations.

Le dépaysement: deux œuvres pour zheng. Une sorte de cithare, un instrument à 21 cordes pincées, posé sur une table. Confié à l’une de ses plus éminentes virtuoses: Yuan Li. Elle s’est d’abord produite en solo, dans «Printemps dans la Forêt», une œuvre au charme impressionniste de Ye Xiaogang. Une bonne façon de se familiariser avec les sonorités, exotiques pour nous, du zheng.

Un spectacle étrange, dissociant la vue et l’ouïe

Une soliste à la fête ensuite dans un concerto de Tan Dun. Pour le public, le spectacle était étrange, dissociant la vue et l’ouïe: sur la scène, en habits, les musiciens habituels sous la baguette de leur chef habituel, mais embarqués dans des développements et des manières de faire tout à fait surprenantes. L’œuvre commence d’ailleurs par un grand coup de talon de chacun des musiciens ; les mains percutent les cordes des instruments ; les interprètes ponctuent leur prestation d’onomatopées et de cris, et même d’un grand soupir! Tout cela en un déferlement rythmique ponctué des interventions apaisées du zheng, et culminant en un mouvement lent d’une fascinante beauté mélodique. Quel beau voyage en commun! Profitons-en pour saluer la flexibilité des SEL qui ont dû consacrer pas mal de temps à mettre au point une oeuvre qu’ils n’auront sans doute pas l’occasion de rejouer. Mais on le sait, c’est typique de l’esprit que Christoph König insuffle à son ensemble.

Une autre œuvre a également confronté les spectateurs à de magnifiques cellules rythmiques, la «Concertante Muzik» de Boris Blacher (un Allemand… né en Chine). «Retour à la maison» ensuite avec le charme envoûtant de la Symphonie n° 8 d’Antonin Dvorak, superbement interprétée dans tous ses chatoiements.