LUXEMBOURG
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Le Luxembourg compte introduire le système d’évaluation nutritionnelle Nutri-Score sur base volontaire - Explications

C’est un des chantiers prioritaires de la ministre de la Protection des Consommateurs: la semaine dernière, Paulette Lenert (LSAP) a annoncé l’introduction du système Nutri-Score au Grand-Duché. Il s’agit là d’un système renseignant à l’aide d’un code de couleurs et de lettres sur la valeur nutritionnelle des aliments.

Objectif: orienter les consommateurs dans leur choix de nourriture pour une alimentation saine et équilibrée. Le système développé en France est ainsi une composante dans la promotion de la santé des citoyens et en particulier dans la lutte contre les maladies cardio-vasculaires.

Harmonisation nécessaire

Nutri-Score est entretemps recommandé dans la quasi-totalité des pays avoisinants du Luxembourg, depuis lesquels le Grand-Duché importe la majeure partie des produits alimentaires en vente sur son territoire. A la suite d’une concertation avec les parties prenantes - producteurs, distributeurs, représentants des consommateurs mais aussi les diététiciens par exemple - le ministère de la Protection des Consommateurs planche à présent sur un projet de règlement grand-ducal qui devrait être prêt autour de Pâques.

Si le règlement entrera en vigueur probablement au cours du second semestre de l’année, Paulette Lenert, qui est également ministre de la Santé et ministre déléguée à la Sécurité Sociale, compte lancer une campagne d’information dès ce printemps.

A noter que l’adhésion à Nutri-Score sera volontaire. Et que le système vient en surplus des informations nutritionnelles déjà exigées par la législation européenne. C’est le règlement européen (UE) 1169/2011 qui définit les principes généraux de l’étiquetage alimentaire. L’article 9 de ce règlement prévoit l’obligation de pourvoir les denrées alimentaires préemballées d’une déclaration nutritionnelle. L’article 35 quant à lui prévoit la possibilité de pourvoir les produits en complément des mentions obligatoires avec des formes d’expression et de présentation complémentaires de la déclaration nutritionnelle.

Il existe différents systèmes complémentaires sur le marché pour l’instant. «Dans un souci de ne pas désorienter le consommateur au Luxembourg et afin de vraiment contribuer à une meilleure compréhension de la déclaration nutritionnelle, le ministère de la Protection des consommateurs estime qu’une harmonisation européenne de ces formes d’expression complémentaires des informations nutritionnelles constitue l’option à privilégier», lit-on dans un dossier de presse.

RÉACTIONS

Du pour et du contre

L’Union Luxembourgeoise des Consommateurs demande depuis plusieurs années l’introduction d’un système de couleurs pour mieux orienter les consommateurs dans le choix de leur alimentation. Ce serait particulièrement important à l’heure de la présence sur le marché de nombreux plats préparés. En octobre dernier, l’ULC et «Patientevertriedung» ont par ailleurs invité ministres et députés européens de se prononcer en faveur d’une législation harmonisant l’utilisation du Nutri-Score. La «Patientevertriedung» plaide pour une obligation à l’échelle européenne.
Le syndicat d’agriculteurs Baueren-Allianz se prononce lui aussi en faveur du Nutri-Score qui serait «une bonne chose». Une combinaison avec le système de certification de la chaîne de la production alimentaire donnerait même encore plus de transparence pour le consommateur.
La Centrale paysanne se montre plus critique: Nutri-Score serait un système d’évaluation trop simplifié qui dans de nombreux cas ne réfléterait pas la valeur nutritionelle réelle et ne tiendrait pas compte de certaines composantes des aliments. La Centrale serait en train d’élaborer une position détaillée en la matière.
Dans une interview au «Luxemburger Wort» mardi, Gilles Reding du département Affaires environnementales, technologies et innovations de la Chambre des Métiers remarque que Nutri-Score ne donne pas d’indications fiables sur la composition des aliments et souligne que les indications nécessaires figurent déjà sur les emballages. Reding redoute aussi une pression réglementaire supplémentaire sur les petites et moyennes entreprises. Pour lui, il est important que le système continue de reposer sur une base volontaire. La Chambre des Métiers s’attend à un soutien financier pour les PME pour l’application du Nutri-Score au Grand-Duché.
Claude Bizjak, le directeur adjoint de la Confédération Luxembourgeoise du Commerce soulève lui aussi la question du coût pour des petits producteurs qui devront adapter toute leur gamme s’ils se décident à appliquer le Nutri-Score. La clc se prononce pour le système, mais souligne aussi que ce dernier ne remplace pas des efforts généraux d’éducation à une alimentation saine et équlibrée. LJ
EXTENSION DU NUTRI-SCORE

Politique et pétition

Des eurodéputés de différents groupes politiques ont défendu à la mi-janvier le système d’étiquetage nutritionnel simplifié Nutri-Score, qu’ils voudraient voir s’étendre dans l’Union européenne, en dépit de fortes critiques italiennes.
Depuis quelques mois, ce système est la cible de vives critiques en Italie, notamment du chef de la Ligue (extrême droite) Matteo Salvini, qui l’a dénoncé en décembre comme étant un «pacte secret» de Bruxelles contre les spécialités italiennes car des produits tels que le prosciutto ou le gorgonzola ont des notes Nutri-Score basses. A noter que dans son projet de «Pacte vert» de transition énergétique, la Commission européenne envisage une harmonisation du système d’étiquetage des produits alimentaires.
Une initiative citoyenne européenne, soutenue notamment par l’eurodéputée luxembourgeoise Tilly Metz (Verts) demandant de rendre le Nutri-Score obligatoire dans l’UE, lancée début mai 2019, n’a actuellement recueilli que 95.000 signatures sur le million nécessaire. La pétition court jusqu’au 8 mai 2020.  LJ avec AFP

Lien vers la pétition: tinyurl.com/NutriScorepetition
ADOPTION DU NUTRI-SCORE

Les géants s’y mettent aussi

Des acteurs de l’alimentation, de la restauration collective et de la distribution ont multiplié les initiatives en faveur de l’étiquetage nutritionnel simplifié Nutri-Score. Sans doute aussi que la pression des unions des consommateurs porte des fruits. En novembre dernier, l’union française des consommateurs UFC-Que Choisir avait reproché à l’industrie agroalimentaire de ne pas s’être suffisamment emparée de ce système qui donne au consommateur le choix de mieux manger. «Si le Nutri-Score était affiché, les parents écarteraient beaucoup des aliments industriels destinés aux enfants», avait assuré l’UFC, qui estime que «82% des consommateurs n’arrivent pas à lire le complexe tableau d’analyse nutritionnelle obligatoire», alors que le Nutri-Score, lui, permet «de faire comprendre en un clin d’œil leur mauvaise qualité nutritionnelle». «Trop d’indusatriels continuent à saturer leurs produits de sucres et de matières grasses» notamment les céréales pour les petits-déjeuners des enfants, avait pointé l’association.
Le géant agroalimentaire Nestlé, qui avait fait front contre le système d’abord, avait annoncé en juin 2019 l’adoption du Nutri-Score pour tous ses produits vendus en Europe sur une période de deux ans, a précisé en novembre que le déploiement commencerait au premier semestre 2020 dans cinq pays: l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, la France et la Suisse.
Autres exemples: La branche française du fabricant de céréales pour petit déjeuner Kellogg a annoncé fin janvier sa décision d’adopter l’étiquetage nutritionnel simplifié Nutri-Score.
«Nous sommes conscients que les consommateurs attendent de notre part plus de transparence, des informations nutritionnelles plus lisibles et plus faciles à comprendre», avait déclaré Eric Le Cerf, chef de la branche française du géant américain des snacks et céréales.
«PepsiCo souhaite s’associer et soutenir ce dispositif en le déployant rapidement en France, pays pilote pour le groupe, puis dans les pays européens qui l’auront officiellement adopté. D’ici la fin 2021, plus de 350 références porteront déjà le Nutri-Score sur le seul marché français», avait expliqué de son côté PepsiCo France la semaine passée. LJ avec AFP
NUTRI-SCORE

Un bout d’histoire

Début 2014
Parmi les «propositions pour un nouvel élan de la politique nutritionnelle française de santé publique», l’épidémiologiste Serge Hercberg, président du Plan national nutrition santé (PNNS), propose le calcul Nutri-Score

2015/2016
Consultations entre ministères concernés, scientifiques, représentants des consommateurs, producteurs et distributeurs d’aliments pour l’implémentation d’un logo nutritionnel

2016
Un système complémentaire à l’étiquetage nutritionnel obligatoire des aliments est préconisé dans la loi française de modernisation du système de santé. Nutri-Score est testé dans des conditions réelles

31 octobre 2017
Arrêté fixant la forme de présentation complémentaire à la déclaration nutritionnelle recommandée par l’Etat

Août 2018
La Belgique annonce l’adoption du Nutri-Score sur base volontaire

Novembre 2018
Au tour de l’Espagne de mettre en place le système sur base volontaire

Février 2019
L’Assemblée Nationale française vote pour l’obligation d’afficher le Nutri-Score sur les publicités pour l’alimentation. Les annonceurs ont jusqu’au 1er janvier 2021 pour s’y conformer

Mai 2019
Lancement d’une pétition européenne pour rendre obligatoire Nutri-Score

Septembre 2019
L’Allemagne annonce l’adoption du Nutri-Score sur base volontaire, En Suisse, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires soutient le système

Décembre 2019
Les Pays-Bas adoptent le Nutri-Score.  LJ