LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

L’immobilier de bureaux et de commerces fait face à la crise du Covid-19

Après une année 2019 record qualifiée de «tous les extrêmes», 2020 commence au ralenti pour JLL, poids lourd de l’immobilier professionnel au Luxembourg, avec la crise du coronavirus. Sur le marché des commerces tout d’abord, leur fermeture à la mi-mars a mis en question ces dernières semaines un possible gel ou report des loyers. L’agent estime qu’il ne peut tirer de conclusion générale: «On a un marché qui n’est pas très tendu pour le moment au Luxembourg, les propriétaires et commerçants parviennent à échanger donc, les discussions sont enclenchées», observe Dimitri Collignon, responsable de ce segment. Et à Angélique Sabron d’ajouter que «derrière le propriétaire peut se cacher un petit particulier ou une énorme structure financière qui, elle, n’aura pas le même comportement face à l’idée de renoncer à trois mois de loyers. Mais je connais des propriétaires qui ont un crédit et c’est impossible pour eux de renoncer aux loyers», estime la «Managing Director» de JLL au Luxembourg.

Quoi qu’il en soit, le gel de l’activité impacte aussi les ouvertures prévues de nouveaux commerces et les livraisons de bâtiments, arrêt des chantiers oblige. «On n’a pas de mauvaise nouvelle à ma connaissance d’arrivées qui seraient annulées», dit Dimitri Collignon qui table sur des reports dans l’agenda des livraisons et des prises en occupation.

Une année en décalé?

Et en parlant de postposer, l’agent suit de près la piste d’un report des soldes d‘été qui permettrait aux commerçants de conserver leurs marges pour rattraper le temps perdu lors du confinement. La mise entre parenthèse des congés du bâtiment serait aussi une bonne chose pour les détaillants. «Annuler les congés, cela veut dire que les consommateurs seraient présents. Cela permet d’envisager une reprise un peu plus dynamique», explique Dimitri Collignon.

Et de rappeler que tous les commerçants ne sont pas logés à la même enseigne puisque la grande distribution par exemple s’en sort mieux tandis que la crise sanitaire permet à certains détaillants indépendants de plonger dans le bain de l’e-commerce pour générer un petit chiffre d’affaires.

Du côté des bureaux, leur désertification n’est que temporaire, estime JLL qui ne constate pas de contestations quant au paiement des loyers. Reste que certaines entreprises ont fini par adopter le télétravail pendant la crise sanitaire. En sera-t-il de même une fois le déconfinement engagé? «Cela va apporter des modifications, mais de là à dire qu’on va ressortir de la pandémie en ayant un usage de nos bureaux “post-covid” vis-à-vis du télétravail avec un comportement totalement inversé, je n’y crois pas», dit Angélique Sabron. Par contre, la rationalisation des espaces de bureaux est un phénomène déjà amorcé au Luxembourg avec l’instauration du flex desk dans certaines entreprises où les salariés n’ont plus de bureau attitré et occupent un poste vacant au gré du va-et-vient des collègues.

JLL estime aussi que le phénomène des bureaux satellites pourrait encore gagner du terrain au Luxembourg, avec des salariés qui débutent leur journée de travail depuis un bureau situé non loin des frontières du pays avant de rejoindre le siège central une fois les embarras de circulation terminés. «On peut imaginer une entreprise qui, au lieu d’avoir 1.000 m² de bureaux au centre-ville, en aura 300 avec des bureaux satellites aux frontières», pointe Lotfi Behlouli, responsable du marché des bureaux.

Il est cependant trop tôt pour tirer les conclusions de la crise du coronavirus sur le marché de l’immobilier professionnel, selon JLL. L’entreprise rappelle qu‘«on ne peut pas comparer ce que l’on vit maintenant avec la crise de 2008. L’immobilier reste une valeur de sécurité», pointe Angélique Sabron.

jll.lu