LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le secteur bancaire s’est adapté à la crise avec précipitation

Avec la crise du Coronavirus, le télétravail s’est imposé aux entreprises qui ne s‘étaient pas forcément préparées pour cela. Cette précipitation a donné du travail à des fournisseurs de solutions comme Telindus qui a dû répondre rapidement à une demande inattendue: «En cette période de télétravail presque généralisée, nous avons vu un pic de demande inédit de token sur un espace-temps très court de plusieurs milliers d‘équipements. Nous allons vendre sur le mois de mars ce que nous vendons habituellement sur un an», explique-t-on du côté de la direction. Ces token permettent aux employés de se connecter en toute sécurité sur le réseau de l’entreprise. Si techniquement il faut déjà que les employés soient équipés d’ordinateurs portables, ce qui n’est pas toujours le cas, il faut sécuriser l’accès.

Le secteur bancaire a particulièrement été impacté et les grands groupes ont réagi en dispatchant les équipes entceux qui restent au siège, ceux qui ont investi les bureaux de secours et ceux qui ont été renvoyé en télétre ravail. C’est le cas à la BIL, où le télétravail a été mis en place progressivement, environ 50% des effectifs est rentré à la maison, le reste étant dispatché entre le siège route d’Esch et le bureau de secours à Windhof, le long de la frontière belge.

«Seules 2 à 3% des données traitéesen entreprises sont confidentielles»

Le télétravail a été lui mis en place à grande échelle chez ING Luxembourg, soit environ deux tiers des employés indique la direction: «Nous avons perfectionné nos outils de télétravail ces dernières semaines en prévision de cette situation. Les employés en télétravail ont désormais accès à l’ensemble de leurs outils de travail et ce, depuis leur domicile. Nos standards informatiques sont très élevés et permettent de retracer en détail ce que les gens font depuis leur domicile, ce qui permet de prévenir toute fraude. Les retours sont positifs et tout fonctionne».

Difficile de dire à quelle hauteur le secteur financier s’est mis au télétravail, l’ABBL n’est pour l’instant pas en mesure de donner des chiffres, même chose pour les éventuelles mesures de chômage partiel. Pour Jean Diederich, président de l’APSI (Association patronale du secteur ICT), le Luxembourg a perdu beaucoup de temps: «Le haut comité de la place financière n’est composée que de juristes, et pas de représentants du secteur IT, c’est une guerre d‘égos qui dure depuis longtemps… Seules 2 à 3% des données traitées en entreprises sont confidentielles, mais cela obsède les juristes qui empêchent tout le monde d’avancer. Pour ce qui est des données, que vous soyez au bureau ou dans votre salon, cela ne change pas grand-chose en terme de sécurité».

Ce dernier plaide pour la mise en place du télétravail depuis plus de dix ans et regrette que le secteur bancaire n’ait pas anticipé la situation: «Beaucoup de banques n‘étaient pas préparées, elles ont du aller acheter en catastrophe des laptops pour leurs employés, les configurer avec des services IT mis sous pression… On est loin de la “digital nation” que le gouvernement essaie de nous vendre depuis quelques années. Ce bricolage aura peut-être des conséquences car les hackers vont s’en donner à coeur joie».