LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

LuxConnect accueillera le premier superordinateur du réseau européen EuroHPC

Son nom n’a pas été choisi au hasard. Meluxina est la rencontre entre Mélusine, la fée de la légende du comte de Sigefroi et le X de l’identité visuelle du Luxembourg, «Let’s make it happen». Voilà pour les présentations. Dans le volet pratique, Meluxina est un superordinateur capable de réaliser 10 millions de milliards d’opérations de calcul par seconde, soit 10 pétaflops/seconde.

«Cela dotera le Luxembourg du 22e plus grand ordinateur au monde», a expliqué vendredi à la presse Etienne Schneider. «L’implantation d’un superordinateur au Luxembourg est une des mesures prioritaires de la stratégie Rifkin de Troisième Révolution Industrielle qui place la digitalisation et l’utilisation de données au centre du développement économique et social», a surenchéri le ministre de l’Economie.

L’outil sera mis à la disposition de chercheurs mais aussi d’entreprises privées, moyennant paiement, pour réaliser des applications nécessitant des fortes capacités de calcul. La recherche, la médecine personnalisée, l’analyse de données et la simulation sont autant de secteurs cibles.

Luxembourg avant sept autres localisations

Le superordinateur occupera 162 m², soit une demi-salle, du data center de LuxConnect à Bissen. Particularité: l’outil est alimenté en énergie verte grâce notamment à une centrale de cogénération alimentée par du bois de rebut signée Kiowatt.

L’infrastructure devrait être opérationnelle fin 2020 et sera la première d’un parc de cinq sites où la Commission européenne a décidé d’accroître les capacités existantes pour les positionner parmi les 25 premiers supercalculateurs au monde, sur un total de 500. Il s’agit de Porto (Portugal), Maribor (Slovénie), Ostrava (République tchèque) et Sofia (Bulgarie).

Par ailleurs, un projet de co-investissement est prévu pour Helsinki (Finlande), Barcelone (Espagne) et Bologne (Italie) où la Commission européenne injectera au moins 200 millions d’euros par site pour les doter de machines destinées à figurer dans le top cinq mondial des supercalculteurs.

«Aujourd’hui, l’Europe est un peu en retard par rapport aux autres régions du monde en termes d’infrastructures de supercalcul», a reconnu Khalil Rouhana, directeur général adjoint de la Direction générale des réseaux de communication, du contenu et des technologies à la Commission européenne. «Nous sommes pratiquement à 50% de la puissance de calcul que les Etats-Unis ont, cela commence à affecter notre compétitivité», a-t-il souligné. L’absence d’infrastructures adéquates pousse certains scientifiques à utiliser des supercalculateurs situés hors de l’UE, entraînant au-delà de ses frontières des données parfois sensibles.

Au total, un budget d’environ 1 milliard d’euros est prévu, dont la moitié à charge de la Commission et l’autre moitié venant des Etats membres, a précisé Rouhana. L’outil de Bissen, d’une puissance de 1,5 MW, sera dédié notamment à des applications dans le cadre de la recherche, de la médecine personnalisée et cela à destination tant des institutions publiques que privées dont les PME et les start-up.

Il a coûté 30,4 millions d’euros, dont 10 millions d’euros financés par Bruxelles. D’une puissance de 1,5 MW, il devrait générer la création de 20 emplois supplémentaires avant
de porter ce nombre à 50, a expliqué Etienne Schneider. Actuellement, 24 salariés sont occupés au sein de la société privée détenue à 99,92% par l’Etat luxembourgeois. Elle a réalisé l’an dernier un chiffre d’affaires de 26 millions d’euros.