LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

La fintech Payconiq veut grandir et développer sa marque au Luxembourg

Ces deux-là se retrouvent souvent côte à côte dans les sacs et autres housses de protection: le téléphone portable et la carte bancaire font partie de notre quotidien. Mais pour la fintech Payconiq, le smartphone peut remplacer la petite carte dans nos achats physiques et digitaux. Après avoir racheté la pépite luxembourgeoise Digicash en 2017, Payconiq veut implanter sa marque au Luxembourg, comme elle est en train de le faire en Belgique et aux Pays-Bas où elle emploie une centaine de salariés, contre 15 à son siège grand-ducal. Elle a récemment levé 20 millions d’euros et augmenté son capital de 35% à 15,7 millions d’euros, selon un acte publié sur le Recueil électronique des sociétés et associations. Rencontre avec son COO et directeur pour le Luxembourg, Michael Pechner.

Votre entreprise a récemment levé plus de 20 millions d’euros pour continuer son développement. Que représente cette somme pour votre société?

MICHAEL PECHNER Ces 20 millions d’euros ne sont pas seulement que pour le Luxembourg, mais pour la Belgique et les Pays-Bas. Cette somme servira à nous développer pour arriver à un certain niveau d’adoption dans le marché. C’est un montant significatif pour une entreprise d’une centaine de personnes. C’est aussi la deuxième levée de fonds de notre histoire. Il s’agit d’une étape marquante pour notre société. On aimerait montrer au marché qu’on a la confiance de nos actionnaires (les banques néerlandaises Rabobank et ING ainsi que la banque belge KBC Bank, Ndlr.) et qu’on a la possibilité et les moyens de grandir.

Payconiq a racheté Digicash au Luxembourg il y a deux ans. Mais pourtant la marque Digicash existe toujours au Grand-Duché, au contraire de Payconiq…

PECHNER Aujourd’hui, nous n’avons pas Payconiq comme marque au Luxembourg. En 2017 lors du rachat de Digicash, la marque commençait à bien marcher et on a décidé de manière stratégique de continuer avec au Luxembourg. Nous constatons qu’à présent, le mot Digicash est entré dans la langue luxembourgeoise. On dit: «Tu me fais un Digicash?» pour demander à un ami une transaction par exemple. Cela s’en ressent dans notre activité: nous sommes actuellement à un volume de transactions 20 fois supérieur à celui de 2016.

Digicash revendique une utilisation d’un résident sur quatre au Luxembourg. Pour quel type d’opérations?

PECHNER C’est surtout le paiement de particulier à particulier (ou peer-to-peer), qui représente 50% du volume. Ensuite, c’est surtout la facturation qui marche très bien, avec 35% de la volumétrie. Neuf des dix plus gros émetteurs de factures de services au Luxembourg offrent le QR code Digicash sur leurs factures. L’avantage pour les opérateurs c’est qu’il n’y a pas d’erreur d’encodage dans le message structuré dans la communication. Pour les clients, avec un scan du QR code en six secondes c’est payé. Les amendes policières constituent d’ailleurs une part importante de ces factures. L’e-commerce représente 12% du volume environ car même si Digicash est un petit peu restreint au Luxembourg de par la petite taille du marché, les résidents luxembourgeois sont parmi les plus gros consommateurs de shopping en ligne en Europe. Là où ça marche bien, ce sont pour les achats de tickets pour des évènements ou des commandes de nourriture en ligne. Car normalement, lors d’un achat en ligne, il faut encoder toutes ses données. Avec Digicash, on ne doit pas encoder quoi que ce soit. Le reste, ce sont les points de vente physique. Là, ce n’est pas forcément l’expérience top. Il est vrai qu’il y a beaucoup d’efforts à faire.

Comment expliquez-vous cela?

PECHNER D’abord, ce n’est pas nécessairement dans les habitudes des gens de payer avec leur smartphone. Mais aujourd’hui, d’autres fournisseurs de paiements par téléphone offrent ce service. Bien que l’on soit pour l’instant limité à une certaine catégorie d’utilisateurs (ceux d’Apple Pay, Ndlr.), les gens vont être de plus en plus prêts et aptes à vouloir payer avec le smartphone. Ensuite, ce n’est pas nécessairement facile d’être compétitif face la carte où c’est «tap & go». Mais le gros du travail n’est pas forcément sur l’utilisateur mais plutôt sur le détaillant. Le commerçant aujourd’hui accepte les cartes de crédit avec les frais que cela engendre. Notre approche est de leur offrir un service un petit peu plus performant. L’année prochaine, nous allons lancer Payconiq tel quel avec des nouveaux services aussi pour les marchands.

Digicash est entré dans la langue luxembourgeoise mais comment faire pour Payconiq?

PECHNER Nous sommes en train de développer un plan de communication ensemble avec les banques. Elles sont les grandes parties prenantes de notre service. Seules deux banques n’ont pas rejoint l’histoire Digicash : la Raiffeisen et la Banque de Luxembourg. Demain, ça sera «Digicash by Payconiq». On va faire comprendre au marché que ça sera une étape intermédiaire avant une grosse campagne publicitaire sur Payconiq.

Payconiq veut construire une plateforme de paiement mobile multi-pays et omnicanal du Benelux à l’échelle européenne. Pourtant vous avez fait une entrée en Allemagne au début de l’année qui s’est mal terminée…

PECHNER Je ne dirai pas que ça s’est mal terminé. Le pilote qu’on avait en Allemagne s’est terminé pour plusieurs raisons. Le marché allemand est ouvert à ce type de proposition, sauf qu’il faut très bien l’exécuter. Il faut savoir que le marché allemand est dominé par 3.000 à 4.000 banques. Ce n’est pas comme la Belgique ou le Luxembourg où on travaille avec cinq ou six banques pour avoir 80% du marché. Nous travaillons sur base de l’infrastructure des moyens de paiement SEPA développée par les banques, c’est un moyen sécurisé. Mais on doit être connecté aux principales banques de détail. Ce qu’on a appris, c’est qu’il faudrait appliquer un autre type de «business model» pour entrer dans le marché allemand. Donc, ce n’est pas «out of scope» mais ce n’est pas «in the scope» dans l’année à venir.

Comment voyez-vous l’avenir?

PECHNER Notre objectif à court terme est de monter en excellence en exécution dans nos marchés domestiques, c’est-à-dire le Benelux. On a fusionné avec Bancontact en Belgique l’an passé, on s’est lancé aux Pays-Bas cette année-ci. La suite logique, c’est le Luxembourg. Je veux permettre au consommateur luxembourgeois qui utilise Digicash de pouvoir payer ses achats en Belgique et pays Pays-Bas à l’aide de son smartphone. Une fois en place, ça sera un grand avantage pour le consommateur, le marchand et les banques.

Actuellement, 60.000 commerçants proposent le paiement Payconiq au
Benelux. Quel est votre objectif de croissance?

PECHNER Il y a 30 millions de commerçants donc, on aimerait tous les avoir à un moment donné. En Belgique, on en a 50.000 et Bancontact touche 275.000 détaillants. Au Luxembourg, je pense qu’on doit avoir environ 15.000 marchands et notre ambition est que tous soient dans la possibilité d’accepter des paiements faits par le mobile via Payconiq. Aujourd’hui, l’adoption du QR code est tout à fait normale. Nous continuons à travailler sur les rails du SEPA pour assurer un transfert de fonds sécurisé du consommateur au compte du marchand. Avec Digicash, on n’a jamais eu de fraude.

www.payconiq.com