BIÈRE
CAROLINA ROSENDORN, SPARKNEWS

L’additif alimentaire Agolin Ruminant réduit les émissions de gaz à effet de serre des vaches

Broutant paisiblement l’herbe d’un champ suisse, trois vaches éructent de temps en temps sous un orage d‘été, contribuant avec chacun de leurs rots au changement climatique. A deux pas, dans un bâtiment industriel aussi gris que le ciel, une petite entreprise fabrique un additif alimentaire destiné aux vaches laitières. Le composé, Agolin Ruminant, augmente leur production de lait tout en réduisant la quantité de méthane qu’elles libèrent dans l’air.

„Il s’agit d’un stimulateur digestif permettant à la vache de mieux utiliser l’aliment qu’elle ingère“, explique Kurt Schaller, PDG d’Agolin. Après 20 ans dans l’industrie des additifs alimentaires, il a cofondé l’entreprise en 2006 avec une nutritionniste, Béatrice Zweifel, et un investisseur, Pierre-Henri Jacquet. Leur produit phare est un mélange d’ingrédients naturels: clou de girofle, carotte sauvage et extrait d’huile de coriandre. Basée à Bière, un petit village à 40 km de Genève, la société commercialise Agolin Ruminant dans le monde entier, mais son principal marché est l’Europe, où près d’un million de vaches en bénéficient. Cette année, la fondation suisse Solar Impulse et la société Carbon Trust ont distingué Agolin pour ses efforts en matière de lutte contre le changement climatique.

Bovins: près de 10% des gaz à effet de serre liés à l’activité humaine

Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), les vaches laitières et les bovins de boucherie rejettent dans l’atmosphère près de 10% des gaz à effet de serre liés à l’activité humaine. „Chaque ruminant produit du méthane lors de la digestion, à cause de la fermentation des fibres“, explique Florian Leiber, responsable des sciences de l‘élevage à l’Institut de recherche suisse de l’agriculture biologique. À elle seule, une vache peut rejeter plus de 100 kg de méthane par an, principalement par éructation, soit environ deux tonnes de CO2 ou l‘équivalent de deux vols aller-retour entre Paris et New York.

Si les experts s’accordent à dire que la solution plus efficace à ce problème environnemental serait de réduire notre consommation de produits issus de l‘élevage, des centaines de millions de personnes sur la planète comptent encore sur ceux-ci pour se nourrir et gagner leur vie. La poussée démographique devrait par ailleurs en augmenter la demande de 70% dans les trois prochaines décennies, selon la FAO. „C’est pourquoi nous n’avons pas cherché un effet de réduction du méthane dans un premier temps“, explique Béatrice Zweifel, „mais plutôt un moyen d’améliorer le rendement laitier des vaches, à quantité égale d’aliments.“ Agolin Ruminant augmente jusqu‘à 7% la production laitière et réduit de 10% le méthane issu de la fermentation entérique, en moyenne (les résultats varient selon le système d’alimentation). Bien que d’autres additifs alimentaires réduisent les émissions de méthane du bétail, à peine une poignée sont 100% naturels.

Financé initialement grâce aux économies personnelles de ses fondateurs et à un prêt de développement économique du gouvernement suisse, Agolin a mis trois ans pour équilibrer son budget et trois autres pour devenir rentable. Aujourd’hui, l’entreprise compte un réseau de 25 distributeurs et plus d’une centaine de clients industriels. A noter que l’entreprise collabore depuis 2014 à un projet européen baptisée RuMeClean, qui vise à inclure Agolin Ruminant dans les programmes de compensation des émissions de carbone de l’Union européenne.

Cet article est publié dans le cadre de www.solutionsandco.org , une initiative collaborative internationale rassemblant 20 médias business du monde entier mettant en lumière les entreprises changeant d‘échelle pour lutter contre le changement climatique.