LUXEMBOURG
NONNA SEHOVIC

L’incendie du camp des réfugiés de Moria dans l’île grecque de Lesbos a laissé quelque 13.000 réfugiés sans toit. Alors que les autorités grecques ont érigé un nouveau camp, des pays européens ont promis d’accueillir quelques centaines des plus vulnérables. Comment le Collectif Réfugiés Luxembourg voit-il les réactions politiques face aux événements de Moria? Nous en avons parlé avec Nonna Sehovic de Caritas Luxembourg, qui assure en ce moment le secrétariat du Collectif Réfugiés Luxembourg. 

«Nous sommes très inquiets, car il y a encore beaucoup d’incertitudes quant à l’avenir de ces milliers de personnes réfugiées à Moria. La situation y est très tendue depuis des années, alors que le camp est clairement surpeuplé et que les conditions de vie y sont très difficiles. La situation sanitaire est déplorable et l’eau manque. Vient s’y ajouter à présent la menace du Covid-19. Il y a des personnes qui attendent depuis des mois voire des années que l’on s’occupe de leur demande d’asile.  

Moria est l’exemple le plus frappant, mais il existe de nombreux autres «hotspots » en Grèce et en Italie par exemple. Nous ne pensons pas que la création de nouveaux camps soit la solution, mais il faut une véritable stratégie pour répartir ces demandeurs d’asile qui fuient la guerre et la misère dans leurs pays au niveau de l’Union Européenne.

Le fait que dix pays ont rapidement décidé d’accepter au total 400 enfants des camps de Moria montre que des solutions rapides peuvent être trouvées quand la volonté politique y est.  

Mais une politique migratoire pérenne dans le respect des valeurs humaines qui constituent le fondement même de l’Union Européenne ne peut fonctionner sans la solidarité de tous les pays membres. Mais malheureusement certains pays, comme la Hongrie, la Pologne ou encore la République Tchèque continuent de refuser d’accueillir des réfugiés. Alors même qu’ils ont été condamnés par la Cour de Justice de l’Union Européenne d’avoir  manqué à leurs obligations au niveau des quotas de répartition.  

Mais comme il n’y a pas de sanctions, ces rappels à l’ordre restent malheureusement lettre morte. Moria a montré à suffisance que l’on ne peut pas continuer comme cela. Nous attendons dès lors avec impatience les nouvelles propositions de la Commission Européenne pour un nouveau pacte d’asile. Il faut en faire une priorité.

Mais à notre avis, il ne faut pas attendre l’issue des négociations. Il y a des solutions d’accueil qui peuvent être mises en pratique au niveau local et les gouvernements doivent faire en sorte qu’elles puissent se réaliser. Nous observons avec satisfaction l’engagement de communautés locales à travers l’Union Européenne pour accueillir ces personnes très vulnérables que sont les réfugiés. Moria est un signal d’alarme et il ne faut pas qu’une telle situation se reproduise.»