LUXEMBOURG
SHANIEL RAMJEE

L’état de grâce que connaissent les investisseurs depuis dix ans touche à sa fin. Les années à venir seront probablement plus difficiles.

Pour comprendre pourquoi, revenons sur ce qui nous a mené à la situation actuelle. Les interventions agressives des banques centrales ont conjuré la dépression mondiale après la faillite retentissante de Lehman Brothers en 2008. Mais elles ont aussi eu leurs effets adverses. L’abondance de liquidités a déclenché un boom des profits des entreprises et sur les marchés des actifs, mais a aussi sérieusement agrandi la fracture entre les très riches et le reste de la population, ce qui a jeté des braises sur le feu populiste.

Photo: Pictet AM - Lëtzebuerger Journal
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Le grand public a le sentiment que l’assouplissement quantitatif a largement bénéficié à la catégorie des plus riches, soit 1% de la population, bien qu’il ait aussi soutenu les économies fragiles et stimulé l’emploi. Ce sentiment est à la base de l’appel actuel des gouvernements à trouver d’autres solutions pour la prochaine phase de ralentissement. 

L’une des alternatives envisagées passe par des dépenses budgétaires financées par les banques centrales, une approche qui est au cœur de la théorie monétaire moderne. En substance, selon cette théorie, un gouvernement qui émet sa propre monnaie peut maintenir le plein emploi en faisant financer un niveau suffisant de dépenses publiques par la banque centrale. C’est une réinterprétation des politiques du New Deal des années 1930, avec la particularité que la provenance de la monnaie n’est pas une préoccupation.

Ce type de politique entraînera la fin d’une ère extrêmement favorable pour les marchés et le retour de certains défis rencontrés par les investisseurs pendant les années 1970.

La fin de l’indépendance

L’indépendance des banques centrales est tellement considérée comme parole d’évangile dans les milieux de la finance qu’on en oublie qu’elle est relativement récente. La banque centrale anglaise, par exemple, n’a pris les commandes opérationnelles de la politique monétaire qu’en 1997.

Une majorité d’investisseurs semble cependant prendre cette indépendance pour acquise ad vitam eternam. C’est un tort. Selon nous, il est fort probable que les banques centrales connaissent un avenir proche de leur lointain passé, c’est-à-dire qu’elles redeviennent des antichambres des gouvernements et soient directement contrôlées par les responsables politiques. Aux États-Unis, le président Donald Trump a souvent tiré à boulets rouges sur la Fed, critiquant une politique qu’il juge excessivement drastique. Entre-temps, le gouvernement populiste italien a fait pression sur la Banque centrale européenne (BCE) pour qu’elle annule la dette du pays – ce qui équivaut à réclamer une monétisation de sa dette.

Les investisseurs sont prévenus

La monétisation de la dette des gouvernements se traduira probablement par une inflation sans précédent sous le régime des assouplissements quantitatifs classiques. Ce phénomène booste le moral des entreprises et leurs dépenses, favorisant la relance de l’économie en encourageant l’emploi. Résultat: l’inflation s’installe et peut potentiellement atteindre un niveau vertigineux.

La hausse de l’inflation et des salaires menacent à leur tour de rogner les marges et la rentabilité des entreprises. Actuellement à des niveaux historiquement élevés, elles pourraient s’effondrer brusquement.

Les investisseurs devront, pour le moins, composer avec l’inflation. Les actifs tels que l’immobilier ou l’or sont généralement privilégiés dans ce type de configuration, même si le premier peut être taxé et le second ne génère pas de profit.

Les matières premières aussi devraient tirer leur épingle du jeu, même si les secteurs de l’économie verte devraient être gagnants à long terme. Parallèlement, la pression réglementaire visant à stimuler la concurrence dans les domaines technologiques et de la communication devrait déboucher sur l’émergence d’un grand nombre de nouvelles entreprises à forte croissance.

Le climat politique va probablement être très changeant. Les investisseurs devront donc être souples et très bien informés. En d’autres termes, le contexte réclamera des investissements plus nuancés et une propension à adopter une approche tactique.

PICTET AM

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