LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Le secteur automobile ne voit pas d’un bon œil une électrification du parc de leasing

Comme à chaque déclaration de ministre qui les concerne, la House of Automobile (qui regroupe tous les fédérations automobiles du pays), réagit à coup de communiqué.

Cette fois c’est Claude Turmes qui a électrifié le débat: ce dernier a déclaré avoir l’intention de rendre le parc de voitures en leasing du pays toutes électriques. Il faut dire que cela n’a rien d’anodin, les véhicules de société font partie traditionnellement des packages salariaux et ils sont nombreux sur les routes luxembourgeoises. Passer d’un parc essentiellement à combustion au tout électrique est un changement radical.

Pour l’HOA, il s’agit d’un mauvais message à passer pour les clients qui risqueraient alors de retarder leur changement de voiture. Une crainte pour un secteur qui a lourdement souffert de la crise. Avec la fermeture des concessionnaires, les achats de véhicules ont été réduits à quasi zéro ces dernières semaines. «A la place d’un soutien à ce secteur qui emploie plus de 5.000 salariés, le Ministre se contente de faire un discours hautement préjudiciable par rapport à des entreprises fragilisées», attaque l’HOA dans son communiqué.

Pour cette dernière, les déclarations du Ministre Turmes «surprennent alors qu’elles ne tiennent aucunement compte ni de la réalité du secteur automobile ni du plan national intégré en matière d’énergie et du climat (PNEC) qui ne prévoit nulle part de telles mesures».

A moyen et long terme

Le secteur ne s’attaque pas frontalement au tout électrique mais plaide pour des mesures progressives: «Les voitures électriques joueront un rôle important dans la mobilité future et leur part de marché s’accroît de manière progressive, ce ne sera pas dans l’immédiat, mais plutôt à moyen et long terme».

C’est un peu le problème de la poule et de l’oeuf: faut-il développer les infrastructures afin que le parc électrique se développe ou faut-il qu’une masse critique de voitures électriques soit sur les routes pour satisfaire la demande. Pour le secteur automobile, le ministre Turmes n’est pas dans la réalité du terrain: «La réalité actuelle c’est qu’il manque encore des modèles disponibles avec des délais de livraison qui s’allongent, mais surtout d’infrastructures de recharge suffisantes. Il ne suffit pas d’installer quelques bornes de recharge dans les lieux publics où on constate par ailleurs de gros retard vis-à-vis des objectifs de 800 bornes, mais il faudrait des aides ciblées pour soutenir les particuliers et surtout les entreprises et concessionnaires pour réaliser les investissements nécessaires, pas seulement pour l’achat des voitures ou l’installation des bornes, mais souvent aussi pour le raccordement coûteux au réseau», poursuit l’HOA.

Et de rappeler quelques chiffres: les véhicules électriques ne représentent que 1,8% des immatriculations (2019). Plus de 92% du marché des immatriculations neuves sont toujours composés des motorisations thermiques. Les voitures de société parcourent en général plus de kilomètres selon l’HOA qui souligne alors que les voitures électriques sont limitées dans leur autonomie.