LUXEMBOURG
CLAUDE KARGER

Forum „Stand Speak Rise Up“ contre les violences sexuelles: l’appel urgent de la Grande-Duchesse

La carte du monde est occupée par de grosses taches jaunes. L’Europe, la Russie, la Chine, l’Inde, l’Afrique, le Chili et l’Argentine... Les taches, ce sont les pays où des violences sexuelles ont eu lieu dans les conflits depuis le 20ième siècle. Ces violences, c’est une „arme de destruction massive“, a pointé la Grande-Duchesse au lancement du Forum „Stand Speak Rise Up“ à Kirchberg, lors duquel la carte évoquée a été montrée à un public très nombreux dont faisaient notamment partie le Grand-Duc Jean, le Grand-Duc Henri, le Premier ministre Xavier Bettel, le président international de la Croix-Rouge, Peter Maurer, et de nombreux invités venus des quatre coins du globe.

„L‘împunité, c’est condamner les victimes une deuxième fois“

Mais surtout, des survivantes étaient présentes pour témoigner des multiples destructions qu’elles ont subies. Car un viol ne laisse pas seulement des séquelles physiques, mais aussi de profondes blessures psychologiques. Les victimes, forcées souvent par leurs bourreaux de porter leurs enfants, se retrouvent fréquemment en marge des sociétés. Seules. Sans perspectives. Elles sont condamnées à porter un lourd fardeau à perpétuité alors que leurs violeurs ne sont que rarement punis. „L‘împunité, c’est condamner les victimes une deuxième fois, c’est inacceptable“, a lancé le Premier ministre, venu soutenir un combat qu’il entend continuer de mener au nom de la justice et de la tolérance.

„Dès le début de ce projet, j’ai tenu à ce que les premières concernées, à savoir les survivantes, soient les actrices principales et le cœur de ce forum. C’est avec elles et pour elles que je fais cette conférence“, a souligné Maria Teresa lors de son allocution d’ouverture. C’est à son initiative, inspirée par les victimes qu’elle a croisées et ses contacts avec le Dr. Mukwege, prix Nobel de la Paix 2018 pour son infatigable engagement pour les victimes de viols au Congo, que ce premier forum international a pu naître. „Chères survivantes, C’est avec une émotion particulière que je reconnais vos visages dans cette salle. Nous allons nous associer à votre combat pour dire stop aux viols de guerre. Ce Forum est votre Forum. Je vous le dédie de tout mon cœur!“, a lancé la Grande-Duchesse.

„Le temps presse“

„Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur ce qui se passe dans les zones sensibles où des milliers de femmes luttent jour après jour contre les viols, l’esclavage sexuel, les mariages forcés et les mutilations“, a-t-elle poursuivi, „la dénonciation du viol comme arme de guerre et dans les zones sensibles doit devenir mondiale pour en finir avec l’une des pires ignominies de notre temps. Le temps presse, et chaque jour qui passe apporte son nouveau lot d’exactions“. Et l‘épouse du chef d’Etat de lancer „un appel à toutes les personnes de bonne volonté qui refusent de voir les violences sexuelles comme un dommage collatéral des guerres“. Le Forum ne serait pas une aboutissement, mais „une page qui s’ouvre“.

Les pages de l’histoire sont couvertes d’inhumanités. L’historien et conseiller politique François Heisbourg a ainsi rappelé que l’enlèvement et le viol systématique des femmes de l’ennemi font partie d’une stratégie du pouvoir. Une stratégie d’humiliation certes, mais aussi de consolidation du pouvoir politique en rendant les femmes et les familles dépendantes en les forçant à porter les enfants des envahisseurs.

„Les dynamiques n’ont pas changé“

„Les dynamiques n’ont pas changé“, a constaté Heisbourg, mais „nous pouvons aujourd’hui utiliser les outils de la mondialisation contre les criminels de guerre“. En les dénonçant notamment par le biais des nouvelles technologies de communication globales, faisant ainsi pression pour qu’ils soient punis.

La justice pour les victimes a été un des points discutés lors du forum qui s’achève aujourd’hui et qui est émaillé de nombreuses interventions et work-shops sur différentes thématiques, médicales, psychologiques, d’inclusion, judiciaires, de financement et de lobbying politique. A noter que la première journée s’est terminée hier avec une soirée de gala à la Philharmonie.

La Grande-Duchesse a voulu qu‘émane du forum surtout aussi un message d’esporir. „Il est peut-être utopique de croire que nous pourrons arrêter les guerres, mais ayons au moins l’ambition de stopper un jour l’utilisation du viol comme arme de guerre“, a-t-elle annoncé avec détermination.