LUXEMBOURG
CHRISTOPHE DONAY

Au cours des derniers mois, les banques centrales—en première ligne la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne - ont fait une spectaculaire volte-face. Car elles se sont rendues à l’évidence qu’elles n’avaient d’autre choix que d’abandonner toute idée de normalisation de leur politique monétaire et qu’il fallait plutôt apporter un nouveau soutien à la croissance économique réelle. Cela signifie que la tentative de «normalisation» des taux directeurs et de réduction de la taille de leur bilan a été vaine. Et nous pouvons raisonnablement en conclure que revenir à une politique monétaire de type assouplissement quantitatif (quantitative easing/QE) devrait se solder par un nouvel échec en termes de stimulation de la croissance et de l’inflation.

En 2010, la Fed a lancé son deuxième programme de QE (QE2) Pourtant, au cours de la dernière décennie, la croissance annuelle du PIB américain n’a atteint en moyenne que 2,3%, nettement inférieur à celle des phases d’expansion précédentes (4,4% par an en 1982-1990, 3,7% par an en 1991-2000). Par ailleurs, l’inflation sous-jacente demeure inférieure à l’objectif fixé à 2%. Et un nouveau cycle de QE ne devrait rien changer à cette dynamique sous-jacente.

D’autres défis qui menacent la stabilité économique et financière deviennent aussi pressants - par exemple, la montée des inégalités et de la précarité de l’emploi, et les vagues migratoires dues au changement climatique.

Limités dans leur capacité d’action à cause d’endettements publics élevés, les gouvernements pourraient être tentés d’utiliser la politique monétaire directement pour répondre à ces défis. En d’autres termes, les banques centrales pourraient tomber sous l’emprise du pouvoir politique. Les pressions flagrantes exercées par l’administration Trump sur la Fed sont instructives de ce point de vue.

En quète de créativité

Quelle pourrait être la teneur des prochaines politiques monétaires? Il devient de plus en plus probable qu’elles se conjuguent avec les politiques fiscales et budgétaires, voire que toutes ces politiques fusionnent pour définir une nouvelle politique économique. Par exemple, le pouvoir d’achat, dont la faiblesse est un facteur expliquant la montée des nationalismes, pourrait être adressé différemment grâce à une meilleure coordination des politiques. En effet, le pouvoir d’achat pourrait devenir la résultante directe de la politique économique.

La coordination des objectifs entre banques centrales et pouvoirs politiques consacrerait un nouveau «style» de politique économique. Le regain d’intérêt pour la «modern monetary theory» va d’ailleurs dans ce sens. Une autre nouvelle forme de politique économique volontariste serait de recourir à la «helicopter money» - la distribution directe de l’argent à l’ensemble des citoyens pour stimuler la consommation. Certes, une évolution aussi radicale modifierait profondément les tendances dans les grandes classes d’actifs. Les banques centrales pourraient perdre pendant longtemps leur crédibilité auprès des investisseurs, ce qui accroîtrait la volatilité des actions. Les devises pourraient se déprécier. L’or physique tout comme les actifs réels devenir plus attrayants.

Dans l’histoire économique moderne, les banques centrales ont montré qu’elles étaient capables de s’adapter: le ciblage de l’inflation mené par Paul Volcker dès le début des années 1980 et le premier programme d’assouplissement quantitatif lancé par la Fed en 2008 en sont de bons exemples. Il est désormais temps que les banques centrales se réinventent, sinon les gouvernements le feront pour elles. Mais il leur faudra de la créativité et du courage pour conserver leur indépendance.

De Genève à Luxembourg

PICTET wealth management

Le groupe Pictet est dirigé par huit associés, à la fois propriétaires et gérants. Les principes de succession au sein du collège des associés et de transmission du capital sont inchangés depuis sa fondation en 1805. Le Groupe se consacre exclusivement à la gestion de fortune, à la gestion d'actifs et à l’asset servicing. Il ne propose ni crédits commerciaux ni prestations de banque d’affaires. Avec des actifs sous gestion ou en dépôt se montant à 440 milliards d’euros au 31 décembre 2018, Pictet compte aujourd’hui parmi les principaux acteurs indépendants de la gestion de fortune et de la gestion d’actifs en Europe.
Le Groupe a son siège à Genève et emploie plus de 4.300 collaborateurs. Possédant 27 bureaux, il est présent à Amsterdam, Bâle, Barcelone, Bruxelles, Dubaï, Francfort, Hong Kong, Lausanne, Londres, Luxembourg, Madrid, Milan, Montréal, Munich, Nassau, Osaka, Paris, Rome, Singapour, Stuttgart, Taipei, Tel-Aviv, Tokyo, Turin, Vérone et Zurich.