LUXEMBOURG
CATHERINE KURZAWA

Cargolux délocalise un second avion dans sa filiale italienne - Les syndicats s’y opposent

Mais que mijote donc Cargolux en Italie? Cette question, le LCGB et l’Association luxembourgeoise des pilotes de ligne (ALPL) se la posent de concert à l’approche du 24 septembre. À cette date, un second appareil devrait être délocalisé de Luxembourg à Milan. En partant du principe qu’un aéronef occupe 25 pilotes, cela porte donc à 50 le nombre d’effectifs en Italie, et d’autant moins au Findel. «Où est l’intérêt pour Cargolux? On ne le sait pas!», affirme Aloyse Kapweiler.

À en croire le secrétaire syndical du LCGB, l’Italie serait tout sauf un havre de paix pour l’opérateur cargo qui sur six années de présence, a réalisé cinq exercices déficitaires. La faute à une licence d’exploitation italienne coûteuse mais aussi à des dépenses salariales qui seraient autant voire plus élevées qu’au Luxembourg, affirme l’ALPL.

Contacté par nos soins, le CEO de Cargolux ne partage pas cette analyse: «Les coûts sont plus élevés qu’en Italie et les pilotes prestent 25 à 60% de jours en moins par an.» Les droits du trafic importent aussi. «Pour certaines destinations, on ne peut recevoir des autorisations de trafic que d’Italie; c’est le cas de certaines villes au Japon», avance Dirk Reich. Une lecture contraire à celle de l’avis juridique commandé par le LCGB qui conclut à l’obsolescence des clauses juridiques de Cargolux Italia et donc, à la possibilité pour la maison-mère luxembourgeoise d’organiser des vols vers des pays non membres de l’Union européenne.

Accent chinois

Mais cette délocalisation italienne aurait aussi un accent chinois, au dire du dirigeant: «Avec le deuxième appareil, on va offrir de nouveaux vols vers la Chine.» Dès octobre, deux liaisons par semaine seront assurées au départ de Milan Malpensa vers l’Empire du milieu et la Russie, nous confie Dirk Reich. Le nouvel actionnaire HNCA? «Ça lui plaît aussi de ne pas avoir que des vols vers le Luxembourg mais aussi vers l’Italie.» Stratégiquement, le développement du côté italien aurait du sens compte-tenu de la disparition d’Alitalia sur le segment cargo, désormais aux mains d’Etihad. «Cargolux a la plus grande part de marché en Italie», affirme le CEO.

Quant aux conséquences pour l’emploi au Luxembourg, elles seraient inexistantes puisque depuis le début de l’année, le contingent de pilotes aurait augmenté de 50 au Luxembourg et de 25 en Italie. «Il n’y a pas de licenciement ici», martèle le responsable qui ne manque pas de souligner qu’un 22ème appareil est attendu sur le tarmac du Findel d’ici à la fin du mois prochain.

François Bausch reste muet

Du côté syndical, on redoute le transfert vers l’Italie d’autres départements comme la maintenance par exemple. Une thèse rejetée par la direction qui reconnaît cependant l’obligation d’engager du personnel en Italie pour se conformer aux exigences de l’autorité de navigation aérienne locale, l’ENAC. Au lancement de la filiale, en 2009, les pilotes avaient généralement commencé leur carrière au Luxembourg, nous dit-on du côté syndical.

Mais depuis 2013, ils sont tous engagés en Italie. Inquiet, Aloyse Kapweiler a échangé quelques lettres avec la direction de Cargolux mais le ministre du Développement durable et des Infrastructures est par contre resté sourd à sa missive du 28 mai dernier.

Des actions sont-elles prévues? Le secrétaire syndical ne l’exclut pas et souligne qu’«aujourd’hui, le personnel est très dévoué» et n’hésite pas à prester des heures supplémentaires. «S’il faut vraiment montrer à la direction ce que c’est de respecter à la lettre le contrat de travail, on le fera.» Il semble que la pression monte à bord.