LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Jérémie Pichon a présenté au Luxembourg son guide pour réduire ses déchets

Des déchets qui tiennent dans un grand bocal pour une année ? C’est le pari que tient Jérémie Pichon et sa famille. Auteur de «Famille (presque) zéro déchet, ze guide», de passage au Luxembourg, il explique son parcours pour réduire ses déchets au maximum et prône une sobriété heureuse. Explications.

Issu du milieu des ONG, Jérémie Pichon organisait dès 2001 des campagnes de sensibilisation en France pour ramasser les déchets en montagne à travers son association, «Mountain riders». A force de ramasser, il se demande petit à petit s’il ne faudrait pas éviter de produire ces déchets en amont, avant qu’ils ne se retrouvent dans la nature. Même en étant sensibilisé, le plastique s’infiltre partout: «Nous faisions partie d’une AMAP (paniers périodiques de produits de la ferme, ndlr), on avait un compost dans le jardin, on pensait avoir tout bon. Mais on s’est aperçus que le plastique était toujours présent dans nos poubelles».

Réduire, réemployer, réutiliser et recycler

Jérémie Pichon décide de prendre le problème à bras le corps et évalue sa poubelle en 2014: un tiers de produits compostables (restes alimentaires, épluchures etc), un tiers d’emballages et un tiers de déchets du quotidien. Il décide avec sa famille de réduire drastiquement sa production de déchets. Au départ les Pichon produisent une poubelle par semaine à quatre, puis une par mois au bout d’un an, et actuellement le grand bocal regroupe tous les déchets produits par la famille sur un an. Il leur a fallu trois ans pour y arriver. Comment ont-ils opéré ce tour de magie? «Nous sommes sortis du système industriel!», explique-t-il. Fini les supermarchés, les Pichon prennent leur cabas pour aller au marché, dans lesfermes environnantes et auprès des petits commerces pour faire leurs courses. «Partout on l’on passe, il y a des solutions, le zéro déchet c’est se remettre en question». Et se baser sur les quatre piliers en «R»: Réduire, réemployer, réutiliser et recycler.

Même si ce dernier ne prône que le recyclage en dernier recours: «Le problème du recyclage, c’est que cela consomme beaucoup d’énergie. Prenez le verre, je viens du Sud-Ouest alors on boit du vin, on consomme donc du verre, mais c’est très lourd et cela demande beaucoup d’énergie pour être recyclé. Un système de consigne serait préférable, mais on avance». Mais pour autant, le verre est un moindre mal comparé au plastique. Avec des campagnes de matraquage des lobbys industriels, les consommateurs ont été déculpabilisés selon Jérémie Pichon : «Le 100% plastique recyclé c’est un mythe! Il faut arrêter de nous mentir avec ça, ce n’est pas ça l’économie circulaire. Une partie du plastique peut être recyclé deux à trois fois uniquement, c’est très limité. Mais les industriels nous font croire que le recyclage est la solution à tout, c’est faux».

Pour ceux qui verraient le zero déchet comme une contrainte, Jérémie Pichon lui n’y voit que des avantages. C’est d’ailleurs comme ça que son livre est né, il y regroupe tous ses trucs et astuces pour doucement se mettre à réduire ses déchets: «Le zéro déchet ne se fait pas du jour au lendemain, il faut prendre son temps, et puis ça devient un réflexe. Apporter ses propres contenants chez son commerçant, c’était encore un peu fou il y a quelques années, mais c’est possible, et les consommateurs sont désormais prêts à le faire». Parmi les avantages, et non des moindres, Jérémie Pichon affirme que sa famille a réduit de 30% ses dépenses. Comment? «Déjà nous avons réduit nos achats, l’idée est de freiner sa consommation en général et de n’acheter que l’essentiel. Le grand intérêt du vrac, c’est qu’on achète la juste quantité. Nous avons calculé que nous gâchions chaque année 160 euros de denrées par personne, ce n’est pas rien. En supermarché on a tendance à acheter en trop grande quantité, résultat on finit par jeter», explique l’auteur.

De 2,8 tonnes à 1,8 tonnes d’aliments consommés

Et ce n’est pas tout, outre le fait qu’on gâche beaucoup moins, on mange moins mais mieux: «En mangeant local et parfois bio, la qualité nutritionnelle des aliments est bien meilleure. Fini les aliments ultra-transformés, le marketing de l’appétence qui nous gave de sucre. Avec une meilleure alimentation, on mange moins en quantité car on est plus durablement rassasié». Encore une fois la famille a disséqué sa consommation: 2,8 tonnes d’aliments consommés à l’année «avant», aujourd’hui la famille ne consomme plus qu’1,8 tonnes. «Et personne n’est affamé!», précise l’auteur. Petit bonus, en consommant «mieux», les Pichon ne vont presque plus chez le médecin.

Le guide est là pour aider ceux qui voudraient suivre ses traces. Mais pour Jérémie Pichon, la prise de conscience est là: «Personne ne remet plus en cause les conséquences du changement climatique, et cela fait trois ou quatre ans que les gens sont en train de passer à l’acte. Il y a 250 magasins de vrac en France, ici à Luxembourg il y a OUNI, ils n’étaient qu’une poignée il y a encore quelques années. Cela ne vient pas d’en haut, les politiques ne font rien, alors c’est à nous d’agir. Le but est de changer nos habitudes et de ne pas revenir en arrière en se donnant des objectifs. Mais il faut être indulgent, avec soi-même et les autres surtout».

Avec le style de vie «zéro déchet», la famille a baissé de 25% son empreinte carbone. De quoi se réjouir, mais Jérémie Pichon ne s’arrête pas là et vient de publier un nouveau livre, «Famille en transition écologique», «la suite logique», estime-t-il.