LUXEMBOURG
THIBAUT DEMEYER

Avec «Les plus belles années d’une vie» Claude Lelouch décline pour la troisième fois

En 1966, le jeune réalisateur Claude Lelouch, qui croyait sa carrière de cinéaste terminée suite à ses échecs précédents, décroche la Palme d’Or et quelques mois plus tard deux Oscars pour «Un homme et une femme». Un film culte est né et un nouveau réalisateur s’installe sur la planète cinéma.

20 ans après, Claude Lelouch redonne vie à ses deux principaux protagonistes, Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant dans «Un homme et une femme, vingt ans déjà». Une suite qui ne séduit pas autant le public.

Aujourd’hui, soit 53 ans après «Un homme et une femme», on les retrouve dans «Les plus belles années d’une vie» en haut des marches du Palais des Festivals de Cannes. L’histoire semble se répéter, à ceci près que le film a été présenté hors compétition.

A l’annonce du tournage imminent, les commentaires allaient bon train. Comment? Une suite de «Un homme et une femme»? Mais quels âges ont Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant? Cela va être ridicule! Et c’est là qu’intervient une fois de plus la magie «lelouchienne». Les détracteurs avant l’heure sont pris à contre-pied et Claude Lelouch invente une fois de plus une histoire d’amour sensible, émouvante et crédible de part en part.

Jean-Louis Duroc se trouve maintenant dans un centre de soin. Il perd un peu la mémoire mais les souvenirs d’une histoire d’amour qui s’est déroulée il y a 50 ans sont encore bien ancrés dans sa mémoire. Elle s’appelait Anne Gauthier. Il l’aimait à en perdre la raison mais il n’a pas su la garder. Aujourd’hui, elle est veuve et a un petit magasin. Grâce au fils de Jean-Louis, Anne et Jean-Louis vont se retrouver et reprendre leur histoire d’amour là où ils l’avaient laissée.

Jean-Louis Trintignant: magistral

Dès le premier plan, on sent que Claude Lelouch va nous offrir une pure merveille. La caméra filme des patients dans une maison de soins pour personnes âgées. La responsable du Domaine de l’Orgueil, Marianne Denicourt, leur fait faire des exercices de mémoire. Au fond de la salle, Jean-Louis Duroc semble être ailleurs, il n’écoute pas, il est dans son monde de souvenirs personnels. La caméra avance doucement sur ce regard absent. Elle s’arrête pendant de longues minutes. Durant ce temps, Jean-Louis Trintignant, magistral, fait passer à travers son regard et son visage des tas de sentiments. S’en suit une scène à la fois magnifique et poignante de retrouvailles entre les deux protagonistes. Claude Lelouch s’efface derrière sa caméra et laisse la magie de ces deux grands acteurs opérer.

«Les plus belles années d’une vie» sera un grand film, un de plus qui comptera dans la filmographie du réalisateur de «Les uns et les autres». Quant aux acteurs, en dépit de tous les commentaires qui ont été faits avant que ne sorte le film, ils sont restés des grandes pointures. Jean-Louis Trintignant aurait pu décrocher son second prix d’interprétation (Il l’avait obtenu pour «Z» de Constantin Costa Gavras) si le film avait été en compétition.

La force de «Les plus belles années d’une vie» c’est bien entendu la direction d’acteurs, la musique - signée Francis Lai et Calogero - mais aussi l’expression des sentiments qui jamais ne sont racoleurs, voire larmoyants à outrance. Pourtant, on se surprend à verser une petite larme, parce que le réalisateur de «L’aventure c’est l’aventure» a ce talent fou de savoir filmer les sentiments, de nous faire entrer dans son monde, son histoire comme si nous étions ses acteurs et de créer une atmosphère que peu de réalisateurs sont capables de faire.

«Les plus belles années d’une vie», ce n’est pas qu’un film sur le temps qui passe, c’est aussi une ode à la vie et à l’amour qui est éternel. Comme le seront sans doute les œuvres de Claude Lelouch.