LUXEMBOURG
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Jean-Christophe Burkel, directeur de l’ULESS, sur le développement de l’économie sociale

Ancien de la Chambre de Commerce, Jean-Christophe Burkel suit le dossier économie sociale et solidaire depuis des années. En 2014, ce docteur en droit international intègre comme directeur l’Union luxembourgeoise de l’économie sociale et solidaire (ULESS), organisation créée en 2013 pour défendre et promouvoir les intérêts des entreprises de l’économie sociale et solidaire.

C’était une époque de turbulences se souvient Burkel, où l’image de l’économie sociale au Luxembourg était sérieusement écornée en raison surtout des sérieuses difficultés des deux initiatives sociales Forum pour l’Emploi et feu Objectif Plein Emploi. Dans les milieux économiques traditionnels, économie sociale rimait souvent avec concurrence déloyale.

«On est parti de la cave», explique Burkel. Mais les temps ont changé, le secteur s’est organisé, a été restructuré et mieux encadré. Une étape majeure a été franchie en 2016 avec l’introduction du statut de société d’impact sociétal.

«Cela évolue lentement, mais la tendance est à la hausse», explique Jean-Christophe Burkel, qui attend fin 2019 ou début 2020 une étude plus approfondie sur le secteur menée par le Statec en collaboration avec l’Université américaine Johns Hopkins selon une méthodologie développée par les Nations Unies et la Banque Mondiale.

La dernière étude sur l’économie sociale et solidaire au Grand-Duché remonte à 2015, avec des chiffres de 2012. A l’époque, elle constatait le doublement du secteur depuis 2000 en termes d’emploi. Autour de 27.750 étaient recensés à l’époque. L’ULESS compte aujourd’hui quelque 300 membres représentant environ 20.000 emplois. Dont des fédérations et de grands acteurs comme Hëllef Doheem ou encore le Groupe Elisabeth qui comptent d’ailleurs parmi les plus grands employeurs au Luxembourg. C’est justement pour les plus grands acteurs que la SIS était pensée, pointe Jean-Christophe Burkel, qui avoue avoir été un peu surpris que ce sont plutôt les petites structures qui s’y mettent.

Autre évolution intéressante: si le nombre d’entreprises dans le secteur ne grossit que lentement, l’emploi, lui, progresse plus rapidement.

Jean-Christophe Burkel estime à une quinzaine le nombre d’agréments SIS jusqu’ici. «La bonne nouvelle, c’est qu’on a atteint toutes nos cibles, les grands comme les petits», se réjout-il, rajoutant qu’il est un peu logique que les structures plus complexes mettent plus de temps à se décider pour un statut SIS qui resterait encore trop méconnu.

Un énorme travail de sensibilisation et de formation a été fourni auprès des notaires et des avocats, mais encore des auditeurs sur le nouveau statut SIS. «Ce qui nous manque, c’est la coordination et la visibilité pour le promouvoir», dit Jean-Christophe Burkel qui saluerait un plan d’action national pour le secteur de l’économie sociale et solidaire qui devrait selon lui absolument être sur un pied d’égalité avec les secteurs économiques traditionnels - représentation dans les instances tripartites comme le Conseil Economique et Social comprise. «Le défi, c’est de changer d’échelle pendant la période législative 2018 à 2023», dit le directeur de l’ULESS qui ne doute pas de la volonté politique de soutenir l’économie sociale et solidaire. Pour en rappeler l’importance, l’organisation a d’ailleurs envoyé une série de revendications au formateur du gouvernement. Les points forts: élaborer une stratégie nationale ambitieuse pour le secteur, clarifier les compétences du ministère en charger de l’Économie sociale et solidaire et renforcer les moyens budgétaires et humains du département ministériel concerné. A bon entendeur...