LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

La délégation du Fonds monétaire international encourage le Luxembourg à augmenterla TVA sur l’énergie et les taxes foncières

La mission du Fonds monétaire international (FMI) vient chaque année au Luxembourg donner ses conclusions sur l’état de l’économie du pays après s’être entretenue avec les différents services du ministères des finances et du Statec. Globalement, la situation reste positive pour le Luxembourg: «Le pays affiche de bonnes performances, sa croissance est plus élevée que ses voisins européens. Son marché du travail reste solide, même si nous avons enregistré un certain ralentissement dans le domaine», estime le rapporteur de la mission, Emil Stavrev. Ce dernier a tenu à souligner quelques points à améliorer cette année. Il prévient que les changements de politique fiscale au niveau international pourraient poser des risques.

Mêmes conclusions que le Statec, le Fonds mondial estime que le secteur bancaire résiste bien aux taux d’intérêt faibles qui s’inscrivent dans la durée, et que leur profitabilité est restée «confortable», même si le secteur affiche de grosses différences avec celles qui fonctionnent sur base de commissions qui s’en sortent beaucoup mieux. Même constat pour les assurances-vie qui ont également réalisé de belles performances. Pour revenir sur les mauvaises nouvelles, plus globalement au niveau national, la hausse continue des prix de l’immobilier réduit la marge de progression pour l’accès la propriété et pourrait exacerber la dette des ménages, indique le FMI.

Individualisation fiscale,économie verte et immobilier

Du côté des finances, l’équipe du FMI a pu échanger au sujet de la future réforme fiscale du gouvernement dans son budget 2020. Une «approche holistique» qui repose sur trois piliers: l’individualisation fiscale, l’économie verte et l’immobilier. Ce dernier est une priorité selon le FMI qui s’étonne que le Luxembourg applique si peu de taxes foncières: «Les taxes locales sont moins chères qu’un abonnement au câble! Tout cela repose sur une loi datée de 1941, cela ne stimule pas le marché, sans compter les permis d’aménagement urbain qui sont très stricts. Les promoteurs immobilier ont besoin de projets à grande échelle pour faire de la marge, mais cela est rendu difficile au Luxembourg», regrette Emil Stavrev. Ce dernier a bien conscience que la crise immobilière résulte d’une trop grande demande face à une offre résidentielle qui n’arrive pas à suivre: «Il y a de la marge pour moderniser la planification urbaine et ainsi accélérer le processus et augmenter l’offre de logements sur le marché», poursuit le rapporteur du FMI. Si rien n’est fait, la dette de l’immobilier résidentiel privé pourrait exploser.

Afin de multiplier les sources de revenus supplémentaires pour le gouvernement, le FMI propose plusieurs pistes: augmenter la (faible) taxe sur les transports, par exemple en introduisant des frais d’immatriculation uniques, moderniser l’évaluation immobilière considérée comme obsolète, mais aussi augmenter la TVA préférentielle sur l’énergie. Pour le FMI, les prix de l’énergie ne sont pas assez élevés au Luxembourg, comparé au reste des pays européens. Si les prix de l’immobilier atteignent des sommets, il reste encore relativement accessible de se chauffer grâce à une taxation préférentielle. Une éventuelle augmentation des taxes sur le chauffage pourrait permettre de «diversifier les revenus et d’améliorer l’efficacité des investissements publics». Emil Stavrev précise néanmoins que les «populations vulnérables» devraient être épargnées par ces augmentations de prix du chauffage, mais sans donner plus de détails quant à cette protection et la façon de désigner la vulnérabilité d’une partie de la population.