CANNES
THIBAUT DEMEYER

Avec un président comme Alejandro González Iñárritu, nous étions en droit d’attendre un meilleur Palmarès

Lorsque Thierry Frémaux, Délégué général du Festival, a annoncé la sélection officielle en avril dernier, nous nous sommes dit que l’édition 2019 allait être un grand cru. Du moins sur papier. A l’arrivée, on constate que la sélection de la 72è édition du Festival de Cannes fait partie des meilleures de la décennie. C’est déjà un bon point.

Pour le Grand-Duché de Luxembourg, cette édition sera aussi à marquer d’une pierre blanche car pas moins de quatre coproductions ont été sélectionnées. Trois dans la catégorie «Un Certain Regard» et une à «La Quinzaine des réalisateurs», qui est une sélection parallèle.

Seule la météo a fait bande à part, nous offrant un temps maussade par moments, pluvieux à d’autres. Et Cannes, sous la pluie, ce n’est plus tout à fait Cannes. Les stars se réfugient dans leurs chambres d’hôtel et les salles de projection sont d’autant plus prises d’assaut, ce qui rend leur accès encore plus compliqué.

Quelques moments forts

Probablement par manque de fériés durant la période, la Croisette était moins fréquentée que les années précédentes. Pourtant, ce n’était pas faute d’avoir des stars sur le tapis rouge. A commencer par Sir Elton John venu défendre le biopic qui lui était consacré, «Rocketman». Il sera suivi, quelques jours plus tard, par Alain Delon, venu chercher sa Palme d’Or d’honneur «un hommage posthume de mon vivant» a-t-il déclaré, ému, lorsqu’il a reçu sa Palme des mains de sa fille.

Milieu de la seconde semaine, les festivaliers avaient rendez-vous avec Leonardo DiCaprio et Brad Pitt pour le film de Quentin Tarantino. On n’entendait que des «Léoooo» ou des «Braaad» sur la Croisette. Et enfin, la veille de la clôture, nous avons eu droit à «The» évènement de cette 72è édition en la personne de Sylvester Stallone pour une leçon de cinéma mais aussi d’humilité, lui qui s’est battu pour devenir ce qu’il est devenu grâce à Rocky: «Sur le papier, c’était l’échec assuré: un acteur inconnu, un sujet pas très populaire au cinéma, un film que l’on a tourné en 25 jours pour moins d’un million de dollars».

«Un Certain Regard» sur les coproductions luxembourgeoises

De mémoire de cinéphiles, jamais le cinéma grand-ducal n’a été aussi bien représenté en sélection officielle. Trois films de grandes qualités qui ont certainement fait la fierté de leur coproducteur (Mélusine, Bidibul et Tarantula). Si c’est «La Vie invisible d’Euridice Gusmao» de Karim Aïnouz qui décroche le Prix «Un Certain Regard», on ne peut que se féliciter du Prix du Jury pour «Viendra le feu» d’Oliver Laxe. A l’issue du Palmarès, dont le jury était présidé par Nadine Labaki, Donato Rotunno, coproducteur, nous a fait part de sa réaction en ces mots: «je suis heureux d’avoir pu coproduire ce film. Oliver Laxe est un réalisateur de grand talent.

Ce projet était dans les tuyaux depuis deux ans pour Tarantula. Le travail de fond sur le scénario a été suivi par Elise André, productrice chez Tarantula.» Nous n’oublions pas non plus de féliciter Chiara Mastroanni pour son prix d’interprétation féminine pour «Chambre 212», coproduit par Bidibul productions, nous offrant une prestation hors-pair. Seul regret est l’absence au Palmarès de «Les Hirondelles de Kaboul» de Zabou Breitman, coproduit par Mélusine Production.

«Parasite» de Bong Joon-ho, première Palme d’Or pour la Corée du Sud

Pour la première fois de son histoire, la Corée du Sud décroche la Palme d’Or. «Très beau cadeau pour le centième anniversaire du cinéma que la Corée fête cette année» a déclaré Bong Joon-ho , le réalisateur de «Parasite», une vraie perle. Une Palme d’Or attribuée à l’unanimité et plébiscitée également à l’unanimité par la presse internationale. En revanche, le reste du Palmarès n’a pas vraiment convaincu.

A commencer par les Frères Dardenne, Prix de la mise en scène pour «Le Jeune Ahmed». Un prix largement sifflé par la presse lors de l’annonce du résultat et qui aurait pu être attribué à Terrence Malik pour «Une vie cachée». Mais le jury en a décidé autrement, faisant des Frères Dardenne les réalisateurs les plus primés dans l’histoire du Festival de Cannes (Deux Palmes d’or, deux prix d’interprétation, Prix du scénario, Grand Prix et Prix de la mise en scène). Nouveaux sifflements à l’annonce du Grand Prix pour «Atlantique» de Mati Diop dont l’œuvre est une fable politique. Quant à Emily Beecam, prix d’interprétation féminine pour «Little Joe», elle non plus, n’a pas échappé aux sifflets. Il est vrai que nous nous attendions plutôt à voir Noémie Merlant monter sur la scène pour «Portrait de la jeune fille en feu» de Céline Sciamma, décrochant le Prix du scénario qui aurait aussi pu être attribué à Terrence Malik pour «Une vie cachée».

En revanche, au rayon des satisfactions, on ne se bouscule pas au portillon. Seul Antonio Banderas mérite amplement son prix d’interprétation «cela me fait d’autant plus plaisir que c’est pour un film de Pedro Almodovar à qui je dois tout» a-t-il déclaré lors de la conférence de presse des lauréats. Le prix du jury attribué à Ladj Ly pour «Les Misérables» récompense à juste titre un jeune réalisateur qui comptera à l’avenir dans le cinéma français. Quant à son ex-aequo, «Bacurau» de Kleber Mendonça Filho & Juliano Dornelles, nous restons plus dubitatifs.

Avec une telle sélection, la 72è édition du Festival de Cannes était bien partie. Dommage qu’à l’arrivée, le jury officiel ait quelque peu gâché la fête.