LUXEMBOURG
CLAUDE KARGER

Après la présentation du rapport Artuso sur la «question juive», place aux réactions

Présenté mardi en présence du Premier ministre Xavier Bettel, le rapport de l’historien Vincent Artuso sur l’attitude des administrations luxembourgeoises face aux persécutions antisémites nazies devrait faire l’objet d’un débat d’orientation en séance plénière de la Chambre des Députés en fin de mois. Rappelons que le rapport, commandité par l’ancien Premier ministre Jean-Claude Juncker en 2013, arrive notamment à la conclusion suivante: «Les administrations du Luxembourg sous occupation ne furent pas forcées de participer aux persécutions antisémites nazies sous la menace. Elles y collaborèrent tant qu’elles y furent invitées par l’occupant et s’acquittèrent bien souvent de leur mission avec diligence, voire avec zèle - certains chefs d’administration n’hésitant pas à prendre des initiatives».

Le rideau se lève sur des tabous

«Ce rapport lève enfin le rideau sur des tabous», a réagi hier le président du Consistoire israélite dans un entretien avec le «Journal». Claude Marx salue le travail des historiens ayant planché sur le rapport, mais surtout aussi de ceux qui, comme Serge Hoffmann et Denis Scuto, ont commencé il y a quelques années à remettre en question certains mythes nés à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Les révélations de ces deux dernières années auraient déjà abouti à un certain nombre de déclarations personnelles, souligne Marx, évoquant notamment la reconnaissance de la responsabilité de l’Eglise catholique dans les agitations antisémites ou encore les excuses du bourgmestre de Differdange, Roberto Traversini, pour la collaboration des autorités communales de la ville avec l’envahisseur nazi.

La communauté juive s’attend-t-elle à de pareilles excuses publiques de la part du Premier ministre? «Nous n’exigeons rien. Mais cela grandirait le Premier Ministre et l’Etat luxembourgeois de le faire», répond le président du Consistoire israélite pour lequel «le travail de la Commission Artuso n’est pas un aboutissement, mais le début d’une réflexion qui doit se traduire par la continuation des recherches notamment à l’Institut du Temps Présent annoncé».

La mise en place de la Fondation de la Mémoire de la Shoah, telle que préconisée par le rapport sur la spoliation des biens juifs publié en 2009 serait également une étape importante. Et surtout la reconnaissance du bien-fondé des demandes d’indemnisation de familles juives étrangères qui furent spoliés de leurs biens au cours de la Seconde Guerre mondiale. Selon Claude Marx, quelque 20 à 25 personnes se seraient adressées au Consistoire dans cette matière. Elle n’auraient jamais eu ne serait-ce qu’une reconnaissance morale du bien-fondé de leur demande. Steve Kayser, directeur du Centre de Documentation et de Recherche sur l’Enrôlement forcé, salue l’approche et le questionnement choisi par le rapport Artuso qui mettrait en relief des éléments nouveaux.

Bien d’autres pans de l’histoire à élucider

Il se félicite aussi du choix des commanditaires du rapport de le rendre public en toute transparence. «J’espère que toute cette dynamique se poursuivra», note-t-il, en soulignant la nécessité de travailler sur d’autres questions liées à la Seconde Guerre mondiale, comme celle des entrés volontaires dans la Wehrmacht ou la responsabilité des autorités au retour des enrôlés de force de leur captivité de guerre. «Il ne s’agit pas de juger, mais de déceler la vérité, d’essayer de comprendre et d’expliquer», insiste l’historien. Ce serait là un processus capital pour conserver et transmettre la mémoire des victimes de la Seconde Guerre mondiale.

Mars Di Bartolomeo, le président de la Chambre des Députés, partage l’analyse que rapport et discussion ne sont pas des aboutissements: «Il faut nous mettre en mesure de préserver la mémoire de la Shoah», explique-t-il.

Dès réception officielle du rapport Artuso, le Bureau du Parlement s’attèlera à l’organisation du débat demandé par le gouvernement. À cette occasion, la Chambre aura aussi à débattre de la façon dont le gouvernement devra répondre aux vérités mises en relief par le rapport. Le Premier ministre compte attendre le débat parlementaire et l’achèvement d’autres recherches sur la spoliation des juifs avant de prendre une décision.