LUXEMBOURG
THIBAUT DEMEYER

Jan Kounen tente à nouveau la comédie mais sans grande réussite

Après une carrière en dents de scie, le réalisateur d’origine néerlandaise, Jan Kounen, persiste et signe avec une comédie qui ne redorera pas pour autant son blason. En 1997, lorsque sort sur les écrans le film d’action/thriller «Doberman», le monde du cinéma pense accueillir un nouveau talent en son sein. Mais très vite, l’enthousiasme va retomber avec l’adaptation de la bande dessinée «Blue Berry». Jan Kounen se lance alors dans la comédie avec «99 francs», où il dépeint de manière caustique le monde de la publicité, qu’il a côtoyé pendant plusieurs années, avec un résultat mitigé. En revanche, le réalisateur de «Infidèle » excelle dans le documentaire. Ce qui nous fait penser, lorsque l’on visionne «Mon Cousin», sa nouvelle comédie avec Vincent Lindon et François Damiens que l’on voit partout en ce moment, que Jan Kounen ferait mieux de rester dans le documentaire.

Le temps c’est de l’argent

Pierre, Vincent Lindon tiré à quatre épingles, est le PDG de la société Pastié qui a la particularité d’être avant tout une société familiale regroupant les plus grandes marques internationales d’alcool. Diriger cette affaire n’est pas une synergie. Il consacre sa vie à son boulot n’en déplaise à sa famille du coup délaissée. Il est en plus à deux doigts de signer l’affaire du siècle pour sa société. C’est dire à quel point Pierre est stressé. Stressé surtout parce que son cousin, Adrien, détient 50% de la société et que tous les cinq ans, selon la volonté de leur père respectif, fondateurs de la société Pastié, ont décidé qu’à date anniversaire, ils doivent resigner le contrat qui les lie. Sans cette signature, Pierre passe à côté de son affaire. Pire encore, la société Pastié n’aura plus qu’une chose à faire, mettre la clé sous le paillasson. Mais Adrien voit les choses différemment. Pour lui, c’est l’occasion de revoir son cousin bien aimé et surtout l’occasion de passer du temps avec lui. Doux rêveur, passionné par les plantes et les oiseaux, Adrien profite de ces retrouvailles, laissant le temps au temps au grand dam de Pierre. Le temps c’est de l’argent. Pierre a de l’argent, Adrien a du temps. Il va falloir concilier les deux pour obtenir cet adage. Et ce n’est pas gagné d’avance!

François Pignon n’est pas loin

Avec «Mon cousin» nous sommes dans une comédie construite de manière habituelle, au scénario très classique. Deux hommes que tout oppose qui doivent affronter ensemble un problème qui se terminera bien et dont le plus idiot des deux finira par donner des leçons à l’autre sur à la fois le sens de la vie mais aussi les valeurs de la vie. En lisant le pitch, on se doute un peu de la tournure que prendra le film. Mais ce n’est pas parce que l’histoire est classique que le film sera forcément mauvais. Prenons l’exemple du célèbre film de Francis Veber «La chèvre» qui fut un énorme succès lors de sa sortie en salles en 1981 ou «Le boulet» avec comme duo comique Benoît Poelvoorde et Gérard Lanvin qui a également connu un beau succès en salles.
Avec «Mon cousin», l’âme de François Pignon n’est pas loin à travers le personnage d’Adrien qui n’est pas seulement un doux rêveur mais aussi un monsieur catastrophe. Et là où le bât blesse, ce sont les références, conscientes ou inconscientes, avec «La chèvre» et «Le boulet». Nous aurions aimé que Jan Kounen y apporte plus de personnalité et d’originalité à ce duo comique qui ne marquera pas l’histoire du cinéma français comique comme ce fut le cas entre Bourvil et Louis de Funès ou plus récemment Gérard Depardieu et Pierre Richard.  

Comme une partition musicale

Une comédie se construit comme une partition musicale au rythme d’un métronome. Si celle-ci n’est pas rythmée, la sauce ne prend pas et le spectateur s’ennuie rapidement. C’est le problème de « Mon Cousin », le film a à peine commencé que l’on s’ennuie déjà. On reste optimiste et patient, persuadé que l’œuvre de Jan Kounen va décoller mais non, elle restera définitivement clouée au sol. Une comédie, c’est aussi surprendre le spectateur par la construction du gag. On amorce celui-ci dans une scène, on «l’oublie» et on retrouve la chute plus tard lorsque le spectateur ne s’y attend pas. Dans «Mon Cousin», Jan Kounen nous balance tout cela en pâture sans subtilité ni originalité. Résultat, les scènes qui auraient dû nous faire rire retombent comme un soufflé parce que trop souvent téléphonées.

Un duo d’acteurs en-dessous de tout

Marre des rôles graves ou sociétaux, qui au passage lui a permis de décrocher le prix d’interprétation à Cannes en 2015 pour «La loi du marché» de Stéphane Brizé, Vincent Lindon a trouvé, selon lui, une bouffée d’oxygène à travers le rôle de Pierre. Le hic, c’est que celui qui a incarné « Rodin » de Jacques Doillon n’offre aucune performance d’acteur, il est continuellement excité du début à la fin du film, rendant son personnage proche de ceux déjà incarnés. Dès lors, on se demande où il a trouvé sa bouffée d’oxygène parce que nous, il nous a pompé l’air durant toute la projection.
Quant à François Damiens, qui a eu droit à nos éloges pour le récent «Le bonheur des uns» de Daniel Cohen, est tombé bien bas. Fuyez le naturel, il revient au galop. Sa performance n’étant pas différente de celle de François L’embrouille lors de ses caméras cachées qui lui ont permis d’ouvrir les portes du 7e art. «Mon Cousin», c’est un duo d’acteurs avec une prestation en-dessous de tout, un scénario catastrophique et 1.45 de temps perdu.