LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Architecte de formation, Anna Lisa Michetti est devenue une experte de la méthodologie BIM

Difficile de l’arrêter. Quand Anna Lisa Michetti commence à parler de sa passion, elle s’anime. Son enthousiasme est débordant. Cette Italienne est arrivée il y a quatre ans au Luxembourg, un objectif de longue date: «Mon père travaillait au Luxembourg quand j’étais jeune et j’y faisais de nombreux aller-retours, j’ai ainsi pu voir l’évolution de la ville au fil des années, ce qui m’a fasciné. Je me suis toujours dit que je finirais par y vivre, c’est désormais chose faite».

C’est dans un cabinet d’architecture à Paris qu’elle tombe tout à fait par hasard sur un logiciel bien connu dans le monde des architectes et de la construction. S’ouvre alors un nouveau monde, celui  du BIM. Jusque-là les projets de construction sont plutôt séparés par métier, chacun travaille de son côté, c’est fastidieux. Avec la méthodologie BIM, l’architecte découvre une toute nouvelle façon de travailler: «Je suis tombée amoureuse de ce processus de travail qui est basé sur la collaboration». La méthode BIM permet ainsi à plusieurs corps de métier de travailler sur un projet unique en établissant en tout premier lieu des conventions d’échanges et une structure de travail commune en d’autres termes, des conventions que tous les acteurs respecterons. Une véritable collaboration, une petite révolution dans le secteur.

Anna Lisa Michetti décide de se consacrer à l’étude du logiciel. Elle laisse tomber trois fois, par manque de temps, manque de motivation. Mais elle finit par s’accrocher, et par dompter le logiciel: «J’avais besoin d’avoir une plus-value, je me suis rendue à un salon dédicacé au BIM à Paris, je cherchais des projets BIM. C’est comme ça que j’ai rejoint un société de services spécialisée en CAO (Programmes de dessin assistés par ordinateur) à Bruxelles en tant qu’experte spécialisée en BIM». Elle finit par être envoyée au Luxembourg dans la filiale de cette dernière pour former les professionnels. «J’ai adoré ça! Surtout car je pouvais donner des astuces pratiques et transmettre mes connaissances aux autres».

Une décision naturelle

Devenue entre-temps experte au Luxembourg, Anna Lisa Michetti lance son activité, L-31M, en septembre dernier: L- pour le code du Luxembourg, 31 comme le numéro de l’adresse de son premier projet et M comme modèle virtuel qui permet de lire aussi le mot BIM, tout un symbole!

Une décision finalement assez naturelle pour elle: «Je n’ai eu aucune difficulté car ma force était d’être déjà connue sur le circuit. Il y a peu d’experts BIM au Luxembourg, donc les clients m’appellent. Le seul obstacle disons,  ça a été moi-même, la peur de l’échec. Mais c’était le bon moment pour moi et j’ai surtout la liberté de pouvoir décider», même si l’investissement personnel est important: «Je ne m’arrête pas! Je suis très sollicitée par les clients, je travaille soirs et weekends, j’aimerais développer ma société en agrandissant l’équipe, mais c’est très difficile de trouver des passionnés comme moi. Mon rêve serait d’ouvrir d’autres bureaux à l’étranger et de former ainsi un réseau».

Le but de l’experte est d’accompagner les employés d’une entreprise qui vont appliquer  la méthodologie BIM: «Il faut cerner les besoins de chaque personne, mais il faut aussi changer les mentalités. Aujourd’hui le problème c’est que le surcoût de la technologie BIM est reporté sur le client final, soit 20 à 30% en plus, ce qui passe mal. Aujourd’hui ce qui se fait bien c’est la maquette en 3D qui est trop souvent confondue avec le BIM. Elle constitue la première étape de méthodologie BIM qui repose avant tout sur la collaboration, c’est un processus plus que des logiciels», explique la spécialiste qui estime que le BIM requiert 70% de collaboration et 30% d’informatique pur.
Sans collaboration entière, le projet ne peut pas avancer, il faut que chaque maillon de la chaîne y mette du sien: «Les BIM manager sont comme des chefs d’orchestre d’un projet, le coordinateur est celui qui gère son bureau, c’est nécessaire afin que les modifications apportées sur un projet ne soient pas effacées par derrière par un autre corps de métier», précise l’architecte qui passe beaucoup de temps en travail préparatoire «afin que tout le monde parle la même langue et utilise les mêmes mots de vocabulaire».

La crise a quelque peu bouleversé les habitudes d’Anna Lisa Michetti qui se rend habituellement chez ses clients pour les observer et ensuite conseiller au mieux ceux qui vont réaliser le projet BIM. Le travail ne manque pas, mais les réunions sont passées au niveau virtuel, un peu frustrant mais rien qui ne pourra arrêter son enthousiasme. L’experte en a profité pour mobiliser la communauté BIM du Luxembourg et organiser des rencontres virtuelles pour échanger sur son sujet préféré: «Cela permet de garder la communauté vivante et rester soudés même en cette période si compliquée».

Elle travaille actuellement à l’espace de coworking Spaces, à côté de la Gare centrale, ce qui lui permet de rester dans une ambiance de travail: «Je ne me déplace qu’en transports en commun, du coup c’est pratique pour moi de rayonner de la Gare. Puis cela me permet d’échanger avec d’autres professionnels qui sont issus de secteurs différents».