LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Claire Royer est passée de la finance au tour de potier

Fini les bureaux cossu de son «Family Office»: on trouve aujourd’hui Claire Royer affairée sur son tour de potier, un peu de boue sur son tablier. Si la route de Longwy est toujours animée, c’est un sentiment de calme et de bien-être qui envahit le visiteur. Avec des couleurs naturelles et des meubles en bois, une verrière qui donne sur la partie production, l’univers de Claire Royer met d’emblée à l’aise. Cette jeune quadra reconvertie a ouvert son atelier céramique en septembre dernier.

Une renaissance pour cette professionnelle qui a finalement trouvé sa voie en travaillant de ses mains. Si à l’école maternelle Claire Royer jouait déjà à fabriquer des petits personnages en terre glaise, elle a pris des cours de poterie dès l’âge de sept ans. La réalité la rattrape ensuite. Elle étudie le droit des affaires, pour faire plaisir à ses parents, pour se conformer à ce que l’on attend d’elle. «Je ne me suis pas vraiment posée de questions, c’est une voie prestigieuse selon les critères de mes parents, ça a bien marché», explique-t-elle. De fiduciaire en cabinet d’avocats, elle gravit les échelons petit à petit dans un univers qu’elle apprécie. Après plusieurs années d’expérience, elle devient directrice d’un «Family Office». Professionnellement, elle a atteint ses objectifs. Côté privé, elle est comblée avec son mari et ses deux enfants.

Oui mais voilà, l’appétit du challenge vient la titiller: «J’avais atteint mon but, je n’avais plus rien à prouver dans mon domaine. J’avais tout, j’étais très confortable financièrement, je ne me refusais rien, mais je n’étais pas satisfaite. Quelque chose me manquait». Peu à peu, elle repense à ses premiers amours d’enfance, la céramique. C’est décidé, elle veut s’accomplir autrement, en faisant quelque chose de ses mains: «Dans le monde de la finance, il y a un manque de sens, de reconnaissance, c’est parfois difficile car personne ne comprend vraiment ce que l’on fait. J’ai remarqué que dans les grandes villes, les ateliers de céramique se multiplient. Dans une société où les écrans sont rois, l’activité manuelle revient car c’est ancré dans notre ADN».

La décision est mûrement réfléchie. Claire Royer retrousse ses manches et retourne sur les bancs de l’école. Elle finance sur ses deniers personnelles son CAP qu’elle passe à Paris pendant six mois, en candidat libre. Elle a de la chance car l’engouement est tel que la liste d’attente frôle actuellement les deux ans pour obtenir une place. Grâce à ses économies et un héritage, elle peut acheter son local, route de Longwy, pour y établir son atelier. «Tout s’est passé très vite, j’ai acheté le local, nous avons fait les travaux de rénovation en juin, pour démarrer la production en août et ouvrir l’atelier en septembre». Le maître-mot est l’organisation. Entre les temps de séchage, «cela prend plus de temps selon la météo», la cuisson, entre deux et trois jours dans un four à 900 ou 1.300 degrés, il faut compter un mois pour fabriquer une pièce. Elle se prépare d’ailleurs actuellement pour le marché des créateurs qui aura lieu dans quelques semaines.

Une passion à transmettre

Au-delà de la production, Claire Royer a mis en place des cours: pour enfants les mardis et jeudis après-midi, et les adultes les lundis soirs. Avec la possibilité d’organiser des anniversaires le samedi ainsi qu’un weekend découverte par mois. Curiosité ou réel besoin sur le marché luxembourgeois, «tous les jours je reçois des demandes de clients» raconte Claire Royer qui affiche quasi complet pour ses cours dont la nouvelle session commence ce mois-ci. Si être propriétaire de son local lui permet d’être moins sous pression, l’entrepreneuse espère que son atelier soit pérenne dans les trois ans. En attendant, elle s’est finalement vite adaptée à cette nouvelle vie: «Je suis passée de posséder à “être”, j’ai découvert que l’on pouvait se réaliser autrement. Grâce à l’atelier j’ai pu créer un réseau qui est riche, solidaire, cela redonne de la confiance en soi». Elle reconnaît néanmoins qu’elle n’aurait pas pu se lancer plus tôt: «Il était temps d’être moi-même, mais mon expérience m’a beaucoup aidé. Pour me structurer, connaître les lois, cela m’a permis également d’avoir un réseau, je me suis prouvée que je pouvais faire ce genre de métier».

Sur les étagères, une petite partie de son travail est disposé pour se donner une idée. Claire Royer prend aussi bien les commandes, mais elle crée également ses propres pièces. Elle s’étonne de la recherche d’authenticité des clients: «Ils recherchent la main de l’artisan, la pièce unique. Parfois je m’étonne mais ils veulent des pièces imparfaites».

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