LUXEMBOURG
CLAUDE KARGER

Comment Servior fait face au manque de profils dans le secteur des soins pour personnes âgées et aux exigences toujours croissantes dans ce domaine

Avec 1.790 collaborateurs, Servior figure dans le top 20 des employeurs luxembourgeois. Comment le leader luxembourgeois dans la prise en charge de la personne âgée gère-t-il ses équipes? Comment les forme-t-il? Et quelles sont les exigences pour les collaborateurs dans un secteur qui ne cesse de gagner en ampleur et en complexité?

Entretien avec Jérôme Gangloff, chef de division des ressources humaines. Arrivé chez Servior il y a trois ans, Jérôme Gangloff est à la tête d’une équipe de onze personnes qui travaille en étroite collaboration avec la division formation.

Ces deux dernières années, Servior a fait un bond en avant au niveau des recrutements, l’effectif est passé de 1.610 fin 2012 à 1.790 aujourd’hui. Quelles en sont les raisons?

Jérôme Gangloff Cette évolution un peu exceptionnelle est notamment due à l’ouverture de nouvelles structures comme à Vianden et à Diekirch et à la rénovation du Centre du Rham à Luxembourg. Le nombre de lits a augmenté et le nombre de collaborateurs logiquement aussi. On estime que l’accompagnement de qualité d’une personne âgée en résidence nécessite une personne à temps plein. D’un autre côté, les soins deviennent de plus en plus complexes aussi.

C’est-à-dire?

Gangloff L’objectif de la politique de soins pour personnes âgées est de permettre à une majorité de ces citoyens de rester aussi longtemps que possible à domicile. C’est pour cela qu’ont été développés les réseaux de soins à domicile. Cette approche fait que les centres intégrés et maisons de soins accueillent de plus en plus souvent des seniors à un âge très avancé et avec des besoins très spécifiques en raison de leur mobilité réduite ou de leur état de santé notamment. Il est évident qu’un résident qui souffre d’une réduction de ses capacités cognitives nécessite davantage d’attention qu’une personne âgée qui n’en souffre pas.

Le secteur s’est rapidement développé ces quinze dernières années. La demande en collaborateurs aussi. Comment arrivez-vous à en trouver ?

Gangloff Il est vrai que nous faisons face à une pénurie de profils. Sachez que Servior à lui seul pourrait absorber en une année la majeure partie des diplômés aides-soignants et infirmiers formés au Grand-Duché. Il est évident que nous devons attirer des professionnels de la Grande Région. Dans cet ordre d’idées, nous répondons d’ailleurs régulièrement présents sur des foires de l’emploi ou dans des écoles spécialisées.

On entend souvent des personnes âgées se plaindre des difficultés de communication avec le personnel soignant. Exigez-vous le luxembourgeois de vos collaborateurs?

Gangloff Il faut qu’ils soient ouverts à apprendre la langue du pays alors que la plus grande majorité des résidents de Servior sont des Luxembourgeois parlant le luxembourgeois. Nous exigeons le Luxembourgeois pour l’ensemble du personnel et encore plus pour les soignants qui accompagnent des personnes atteintes d’une démence dont les facultés de communication sont souvent réduites à leur langue maternelle. Nous encourageons nos collaborateurs non seulement à apprendre le luxembourgeois par le biais du congé linguistique ou dans des formations en interne, mais à le pratiquer aussi au quotidien.

A quel niveau se situent les investissements dans la formation et dans la formation continue des collaborateurs de Servior?

Gangloff L’investissement a été d’un peu plus de 1,8 million d’euros en 2013 pour 45.514 heures de formation auxquelles ont participé 6.316 collaborateurs. Cette année, le budget formation atteint les 3,8 millions d’euros. Des collaborateurs bien formés, c’est un gage de qualité pour Servior et donc une priorité absolue. Les exigences - légales, médicales, techniques - évoluent énormément et nous devons nous y adapter sans cesse.

Comment savoir qui a besoin d’une formation à quel moment?

Gangloff Nous avons mis en place des outils informatiques de gestion de personnel et de planification des tâches et des formations. Nous organisons aussi régulièrement des entretiens avec nos collaborateurs pour voir avec eux quels sont leurs besoins pour assurer au mieux leur tâche actuelle, mais aussi comment ils souhaitent développer leurs compétences.

Vous avez souligné les besoins en personnel de Servior. Quelle est la quantité de candidatures que vous avez-reçu l’an dernier?

Gangloff Nous avons reçu environ 6.300 candidatures en 2014 et un peu plus en 2013. Or, seulement une petite partie correspondait aux profils - infirmiers ou aides-soignants surtout - que nous recherchons effectivement.