LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

En zone Euro, les pièces de 1 et 2 cents sont menacées

Les petites pièces qui remplissent nos poches et portes-monnaie, celles dont on essaie de se débarrasser chez le boulanger, vivraient-elles leurs dernières heures? C’est en tout cas ce que laisse entendre la Commission Européenne qui a adopté au mois de janvier dernier le principe d’une «Evaluation de l’utilisation des pièces d’un et de deux centimes d’euro et de la possibilité d’introduire des règles d’arrondi communes». Une proposition législative pourrait être présentée en 2020 par la Commission après la réalisation d’une analyse d’impact sur la mise en œuvre de règles d’arrondis uniformes.

Même si la décision finale revient aux Etats-membres, les petites pièces sont de moins en moins utilisées, à tel point que certains pays ont décidé d’arrêter la production et de les retirer de la circulation. Ainsi, les pièces de 1 et 2 cent de Finlande sont collector, une décision prise en 2000 permet aux commerçants d’arrondir le montant total de la facture aux 5 cents les plus proches, tandis que les articles individuels sont précisés au cent près. Ces pièces ne sont désormais frappées que pour les collectionneurs.

Outre le côté embarrassant de ces petites pièces qui ne sont finalement pas acceptées partout (comme dans les distributeurs qui commencent à 5 cents), elles ont également un coût non négligeable. Pour les Etats émetteurs, le coût de production des pièces serait supérieur à leur valeur. Ainsi le coût du 1 cent serait de 1,65 cents, et celui du 2 cents serait de 1,94 cents. En 2016, la BCE a commandité un sondage sur nos habitudes avec l’argent liquide.

Leur disparition signifierait un gros manque à gagner

Les Luxembourgeois seraient 25% à privilégier l’argent liquide pour les dépenses inférieures à 20 euros, ils ne sont plus que 15% pour les montants supérieurs à 20 euros. Mais ils sont une quasi majorité (48%) à privilégier les dépenses par carte, quelque soit le montant. Pour les petites pièces, le même sondage montre que les Luxembourgeois sont 55% à les utiliser comme les autres, mais près de 39% les gardent à la maison sans les sortir de nouveau. En France, l’opération pièces jaunes existe depuis 1990, une bonne occasion pour ceux qui ne savent pas quoi faire de ces pièces de faire une bonne action.

Mises bout à bout, ces petites pièces ont finalement beaucoup de valeur: 37 milliards pour le total des 1 cent, quelque 28 milliards pour celles de 2 cents. Cela donne à réfléchir sur la somme que l’on peut récupérer dans les pots et les poches un peu partout dans sa maison. Leur disparition signifierait un gros manque à gagner pour la Fondation Hôpitaux de Paris, bénéficiaire de l’opération.

Pour l’heure, il n’est pas question pour le Luxembourg d’arrêter la production ni l’usage de ces pièces, l’on pourra donc continuer de faire l’appoint chez les commerçants lorsqu’on paie en espèces. Pour les aficionados des cartes de paiements, les occasions de payer en liquide se sont de plus en rares. Pour les employés qui bénéficient de chèques-repas, toujours en bon vieux papier, il est rarissime que ces derniers couvrent la somme exacte de son achat, et la plupart des commerçants rendent alors la monnaie en espèces, avec bien souvent des cents qui remplissent alors le porte-monnaie. Les défenseurs de ces petites pièces sont eux bien contents de payer au cent près, de peur que les commerçants en profitent pour monter allègrement les prix en arrondissant toujours au plus haut. Pour les petits budgets, il n’y a pas de petite économie, et chaque cent compte.

Photo: Shutterstock - Lëtzebuerger Journal
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Plutôt 5 ou 0?

La Belgique a introduit les paiements arrondis en décembre dernier

BRUXELLES  Depuis le 1er décembre, les pièces de 1 et 2 centimes désertent des caisses enregistreuses des commerçants en Belgique. Elle devient ainsi le 4e pays de la zone euro à tourner le dos à ces petites pièces, après la Finlande, les Pays-Bas et l’Irlande.
Concrètement, les détaillants sont tenus d’arrondir les totaux aux 0 ou 5 cents les plus proches du montant. Les ventes en ligne ne sont par contre pas concernées. «Il existe deux situations clairement différentes pour le consommateur et deux groupes d’entreprises clairement définis (celles qui arrondissent toujours et celles qui arrondissent uniquement en cas de paiement en espèces). Ainsi, il n’est donc pas question de discrimination», précise Didier Deweerdt, porte-parole au cabinet du ministre fédéral belge de l’Economie et des Consommateurs.
Pour l’Union des Classes Moyennes qui représente les commerçants indépendants, les pièces de 1 et 2 centimes «sont superflues et ne sont pratiquement plus utilisées que dans les pharmacies, les librairies et les magasins d’alimentation».
Le SPF Economie pointe pour sa part que ces pièces coûtent très cher à fabriquer et qu’une étude menée au début de l’année 2018 montre que huit détaillants sur dix et sept consommateurs sur dix se disent en faveur de l’arrondi.
Il est désormais réalité outre-Kleinbettingen mais n’allez pas pour autant croire que les petites pièces ont complètement disparues de la circulation. Elles restent en effet valables comme moyen de paiement pour autant qu’elles soient utilisées dans une quantité raisonnable, à savoir un maximum de 50 pièces par paiement. La mesure permettra donc une diminution du nombre de pièces de 1 et 2 centimes en circulation. CK