LUXEMBOURG
SIMONE BECK

Il y a quelques semaines, la discussion autour de la démolition sur la friche de Esch-Terre Rouge des accumulateurs de minerais (en luxembourgeois «Keeseminnen», expression dérivée de «caisses à mine»), a attiré l’attention d’un plus large public. Simone Beck, Présidente de la Commission luxembourgeoise pour la coopération avec l’Unesco, passe en revue ce débat.

«Jacques Maas, historien spécialisé dans l’histoire industrielle, a relevé dans de nombreuses contributions l’intérêt patrimonial exceptionnel de cette infrastructure industrielle, une des premières à être réalisées en béton armé en 1907, agrandie cinq ans plus tard. La presse spécialisée de l’époque a souligné le caractère exceptionnel de cette construction à deux niveaux, d’une importance vitale pour la sidérurgie luxembourgeoise grâce à sa double fonction. Elle permettait en effet le stockage du minerai tant luxembourgeois que lorrain, mais aussi l’alimentation des hauts-fourneaux par la mécanisation de monte-charges et de bennes qui déversaient directement dans le gueulard.
Or, cet exemple unique d’intelligence et d’ingéniosité industrielle est voué à la démolition. N’étant sujet à aucune protection patrimoniale, ne figurant sur aucun inventaire supplémentaire, les “Keeseminnen” - et ce n’est pas le seul exemple -, ne manqueront pas de disparaître. Ici n’est pas la place de commenter des projets de promoteurs privés qui incorporeront – soulignons-le – sur cette même friche certains vestiges de la grande époque industrielle d’Esch-sur-Alzette dans le nouveau quartier ‘Roud Lëns’ qui verra le jour dans quelques années.

Qu’il soit toutefois permis de se demander pourquoi ces bâtiments impressionnants qui témoignent d’une époque où le Luxembourg était une des grandes nations industrielles, sont laissés à l’abandon. Pourquoi leur sauvegarde n’intéresse-t-elle ni le monde politique ni les spécialistes du patrimoine luxembourgeois? Les historiens belges Noémie Drouguet et Philippe Bodeux écrivent dans leur ouvrage “Vive les hauts-fourneaux! Vers une reconnaissance du patrimoine sidérurgique de Wallonie”: “Parmi les traces qui subsistent d’une industrie abandonnée et moribonde, il est constitué des reliques que l’on choisit de conserver et de transmettre, car on estime qu’elles témoignent d’une histoire collective et de valeurs culturelles partagées. Si les bâtiments et les machines perdent irrémédiablement leur valeur d’usage, ils peuvent se parer d’une valeur patrimoniale, et, à ce titre, être protégés et mis en valeur” (Hors-Série Dérivations, 2017, p. 23).

C’est à cette tâche complexe et ardue que se consacre l’asbl ‘IK-CNCI’ (Industriekultur-Centre national de la Culture industrielle) conventionnée avec le Ministère de la Culture. Faire l’inventaire des infrastructures industrielles sur le sol luxembourgeois, élaborer des concepts de restauration et de réaffectation, étudier l’histoire industrielle et les migrations qu’elle a entraînées, et surtout sensibiliser le public pour ce patrimoine méconnu et mal-aimé, mais passionnant et si riche en histoire(s).»