LUXEMBOURG
THIBAUT DEMEYER

D’un sujet ambitieux et intéressant, Tarantino en a fait un film fade et ennuyeux

En lice pour une seconde Palme d’or, «Once upon a time… in Hollywood» de Quentin Tarantino est méritoirement rentré bredouille. Quoique pas tout à fait puisque le chien Brandy s’est vu décerner la «Dog Palme» du meilleur chien au Festival de Cannes.

On le sait, Quentin Tarantino est un cinéphile averti et il aime le faire savoir. Dans toutes ses œuvres, il y a au moins une référence cinématographique. Peu importe si le spectateur lambda le remarque ou pas. Avec «Once upon a time… in Hollywood», titre clin d’œil appuyé à Sergio Leone et sa trilogie, on était en droit de s’attendre à un portrait caustique et satirique sur le monde hollywoodien. Un peu comme l’avait fait Robert Altman avec «The Player» (Prix de la mise en scène et prix d’interprétation pour Tim Robbins à Cannes en 1992). Eh bien, sur ce coup-là, Quentin Tarantino s’est véritablement planté! Le casting cinq étoiles avec Brad Pitt, Leonardo DiCaprio et Al Pacino, n’y changera rien.

Au début de l’année 1969, la star des feuilletons télévisés Rick Dalton (Leonardo DiCaprio) connait la gloire avec «Chasseur de primes» et sa doublure de longue date Cliff Booth (Brad Pitt). De plus, ils sont amis pour le meilleur et pour le pire. Ensemble, ils tentent de poursuivre leurs carrières défaillantes au sein d’une industrie qu’ils ne reconnaissent plus. Mais cela ne les empêche pas de continuer à faire la fête en compagnie de starlettes, de cocktails en tous genres, y compris à base de substances illicites. C’est aussi à cette époque que Rick Dalton va apprendre qu’un jeune réalisateur, déjà reconnu grâce à son film «Rosemary’s baby», vient s’installer dans la villa d’à côté en compagnie de son épouse Sharon Tate enceinte et dont l’accouchement est prévu en été.

Quentin Tarantino étale sa culture

Le début du film est un véritable régal, filmés en noir et blanc et format 4 : 3, Rick Dalton et Cliff Booth répondent à une interview télévisée. L’ambiance de l’époque est bien rendue. Puis, il y a cette scène dans un restaurant entre Léonardo DiCaprio et Al Pacino. Également excellente. Soudain, le film change de rythme et de ton. Les cadrages ne sont plus les mêmes, le montage est moins incisif, moins percutant. On commence alors à s’ennuyer, surtout à partir du moment où Leonardo DiCaprio joue les «méchants» pour un film de série B. La scène se veut marrante avec cette gamine d’à peine huit ans qui semble en remontrer au «célèbre» Rick Dalton en pleine interrogation sur sa vie et sa carrière. Mais la sauce ne prend pas.

Dans cette première partie, nous nous attendions à une analyse-critique de l’évolution du cinéma américain souffrant de la concurrence de la télévision à partir des années 50, obligeant l’industrie du 7e art à trouver une autre manière de réaliser des films et de les projeter avec notamment le système «cinémascope» impossible à recréer à la télévision. Malheureusement Quentin Tarantino se laisse aller dans la facilité et le manque d’imagination. Un comble pour celui qui a la réputation d’être un excellent conteur. Il ne parlera même pas de l’émergence du nouvel Hollywood, préférant garder le cap «western spaghetti» et ses références, laissant sur le côté de la route les spectateurs de moins de 40 ans n’ayant pas une bonne culture cinématographique. Quentin Tarantino étale sa connaissance du 7e art comme de la confiture sur une tranche de pain. Il se fait plaisir !

Dans la seconde partie du film, il ouvre la porte aux années 70 avec un Hollywood qui voit naître ses futurs grands talents comme Francis Ford Coppola, Jack Nicholson, Dennis Hopper, Robert De Niro etc. mais aussi la terrible affaire «Sharon Tate» l’épouse de Roman Polanski sauvagement assassinée alors qu’elle était enceinte de 8 mois. Un fait divers qui a bouleversé les Etats-Unis et marqué à tout jamais Hollywood. Un peu comme la fin de «Inglourious Basterds», Quentin Tarantino tourne ce fait divers à la farce, ce qui est loin de plaire à tout le monde. Néanmoins, à la demande du réalisateur, nous ne révélerons pas le dénouement de l’histoire pour ne pas briser le suspens, ni gâcher la «surprise». En revanche, on peut vous préciser que Quentin Tarantino termine son œuvre sur une scène extrêmement violente et gore comme aime tourner le détenteur de la Palme d’or 1994.

Dernier film du réalisateur?

La meilleure trouvaille de son 10e film, c’est le duo Brad Pitt-Leonardo DiCaprio. Un duo qui fonctionne bien mais hélas, au service de seulement quelques rares scènes de qualité comme celle du début où ils décident de partir à la conquête d’Hollywood. Cela étant, Quentin Tarantino s’emmêle rapidement les pinceaux donnant l’impression qu’il a perdu le fil de son histoire. Les scènes s’emboîtent de manière maladroite, devenant rapidement aussi inintéressantes que l’ensemble du film.

Si Quentin Tarantino tient sa promesse, «Once upon a time… in Hollywood» devrait être son dernier film en tant que réalisateur. Ce serait dès lors dommage de terminer sa brillante carrière sur une telle œuvre.