LUXEMBOURG
AUDREY SOMNARD

Les augmentations des accises pétrolières ne passent pas pour le lobby du secteur

Le Groupement pétrolier luxembourgeois (GPL) a convoqué la presse jeudi pour faire le point sur les mesures du gouvernement, contre-productives selon lui. Avec une augmentation de la fiscalité, notamment sur le diesel, le Luxembourg est aujourd’hui dépassé par la Belgique en terme d’attractivité.

Si les transporteurs traversent toujours autant le Luxembourg, ils ne s’arrêtent plus autant pour faire le plein. Un manque à gagner pour l’Etat, mais aussi pour le secteur qui accuse le Luxembourg de simplement externaliser la problématique des émissions de carbone. «L’unique conséquence de cette mesure est une délocalisation des ventes vers d’autres pays. Cela n’a aucun effet sur les émissions en absolu», a martelé Romain Hoffmann, président du GPL. Pour rappel, le Luxembourg a mis en place une hausse des accises sur le diesel au 1er mai dernier. Depuis, le Grand-Duché est moins attractif que la Belgique à la pompe, sur le diesel. Si la Belgique et la France appliquent un système de remboursement des accises pour les transporteurs professionnels, ce n’est pas le cas du Luxembourg. «Depuis ces mesures, le diesel a augmenté de 25 cents du litre, dont juste 4 cents qui peuvent être imputés à des directives européennes. Ces augmentations pénalisent aussi les particuliers alors qu’il n’y a pas d’alternatives, à part pour ceux qui vivent en centre-ville et qui ont accès aux transports en commun», explique Romain Hoffmann.

«Le Luxembourg peut atteindre ses objectifs climatiques 2030»

Le GPL souhaite travailler dans un cadre européen et prône l’achat de certificats de réduction des émissions de gaz à effet de serre émis par d’autres pays. Ainsi le Luxembourg a longtemps été targué de gros pollueur, car tout le carburant vendu aux véhicules en transit étaient mis sur le compte de la population résidente. «Selon nos calculs, le Luxembourg peut atteindre ses objectifs climatiques 2030 en utilisant environ 20% des recettes provenant du secteur pétrolier pour l’achat de certificats. Les 80% restant pourront être utilisés pour d’autres projets qui engendrent des effets réels au niveau de la protection du climat», estime le président du GPL.

Pour le lobby du secteur pétrolier, s’aligner avec les pays voisins n’est pas la seule solution pour atteindre les objectifs du climat pour le Luxembourg. Si la vente de carburants baisse au Luxembourg, la pollution et nuisance des poids-lourd elle ne baisse pas, le Luxembourg reste sur un grand axe routier européen. Ainsi, les ventes de carburant ont augmenté de 11% entre janvier et avril 2019, alors que le trafic autoroutier sur la frontière belge diminuait de 2,55%. Après la mise en place de l’augmentation des accises au 1er mai, entre mai et novembre 2019 les ventes de carburant ont diminué de 2%, alors que le trafic de camions a augmenté de 2,18% sur la même période. Pour le GPL, la conclusion est simple, que le carburant soit vendu au Luxembourg ou ailleurs, l’impact sur le climat est globalement le même car le trafic routier lui ne diminue pas. Et si le Luxembourg a dû appliquer des directives européennes, le lobby reproche au gouvernement d’avoir été un trop bon élève en la matière: «Les directives ont été implémentées de façon tout à fait différentes dans tous les pays. Le gouvernement luxembourgeois a opté pour une implémentation très idéaliste qui a eu comme effet une augmentation plus que proportionnelle des prix par rapport aux pays avoisinants, l’écart des prix avec la Belgique s’est creusé davantage, de l’ordre de 2 à 3 cents par litre».

Le GPL pointe la menace d’une baisse de l’emploi dans un secteur qui embauche quelque 2.600 personnes. Ce dernier prône pour une recherche d’alternatives et rappelle que le secteur contribue à son niveau à la baisse des émissions en CO2. Ainsi, «en 2020, 9,7% des carburants sont à base d’énergie renouvelable et les émission de gaz à effet de serre sont diminués de 6% sur toute la chaîne de production». Et profite de la tribune pour étayer une série de propositions pour contrebalancer la hausse des accises: l’introduction d’une taxe CO2 sur toutes les formes d’énergie sur base de leur émission de CO2. Pour exemple, chaque litre de diesel actuellement vendu est greffé d’une contribution équivalente de 130 euros par tonne de CO2 via les accises et la TVA. Le GPL demande également à ce que la partie des énergies renouvelables contenue actuellement dans les carburants soit exempte de la taxe CO2 pour alléger la facture des professionnels du secteur du transport notamment.

Le GPL insiste la variété des alternatives au diesel (LNG, CNG, hydrogène) et reproche au gouvernement de se focaliser principalement sur les véhicules électriques. Pour ce dernier, le gouvernement devrait aider la sortie des vieux véhicules du parc luxembourgeois via des subventions, et non pas uniquement pour les véhicules électriques.